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1 Notes quotidiennes

J'offre l'année qui commence au Cœur Sacré de Jésus par le Cœur Immaculé de Marie ma mère et par les mains suppliantes de s. Jean, mon patron.

Les mois et les jours verront se multiplier les croix, j'accepte tout des mains de mon bien-aimé Sauveur.

C'est à Bruxelles que je reçois les voeux de mes fils spirituels. J'écris à nos maisons et à mes amis. J'ajoute quelques paroles édifiantes à l'ex­pression de mes voeux affectueux.

Le 6, visite à Louvain. Fête du P. Gerlach1). Réunion cordiale. La maison a bon 2 esprit et paraît heureuse.

Le cher petit f. Gabriel Glod2), qui souffrait un peu moralement à Lou­vain, est admis à St-Sulpice.

Le pauvre Jean Rattaire renvoyé de S. Jean, écrit des lettres de mena­ces pour avoir de l'argent et veut faire du scandale. Pauvre garçon dé­voyé!

Une surenchère a été mise sur le château de Fourdrain par le Dr Go­dart de Nouvion-le-Comte. Ce pauvre docteur n'a ni foi ni loi. Il dit à M. Falleur: «Chacun a sa religion. Celle du noir n'est pas celle du blanc. Vous avez la votre et moi la mienne». Il oublie les principes de justice naturelle, qui sont 3 la base nécessaire de toute religion.

La seconde adjudication de nos maisons est fixée au 2 février, premier vendredi du mois. Mon avoué me fait remarquer que depuis quarante ans, aucune vente immobilière ne s'était faite le vendredi de St-Quentin, tandis que les nôtres se font toujours le vendredi. Je m'imagine que st Joseph ne veut pas qu'on nous dépouille le mercredi. Le Sacré-Cœur au contraire nous fait participer à sa croix le vendredi.

Cette fois la mise à prix est baissée de moitié.

L'avoué attire aussi mon attention sur le pillage 4 qui résulte des li­quidations. Les liquidateurs plaident à tout propos. Ils y gagnent tou­jours leurs vacations et ils font gagner leurs avocats. Ainsi Lecouturier plaide à St-Quentin et fait venir un avocat de Paris pour ne pas payer 15 fr. de frais de garde au vieil Hinaut, qui avait été pendant quelques jours le gardien de la maison du S.-Cœur…

J'ai déjà payé 4.000 fr. de frais de procès, de nouvelles notes de l'avoué adverse me réclament encore 1.000 fr.

Le pauvre abbé Dupland réclame encore quelques meubles de Four­drain. Il a la conscience large! 5

Du 11 au 20, je suis en route vers Rome.

J'ai vu à Paris nos députés Lemire3) et Gayraud4), l'abbé Boyreau, Marc Sangnier5), Mgr Montagnini6), Mgr Leroy, M. de Clercq.

M. Boyreau estime que la loi de séparation nous offre plus de profit que de dommages. L'Eglise ne pouvait pas continuer à dépendre de Dumay7).

M. Gayraud pense que la résistance serait sans profit. Elle n'aurait d'ailleurs d'effet que dans un an, après les élections.

Ces messieurs craignent et prévoient la chute de l'Univers8), qui leur semble avoir fait son temps. Un autre journal surgira: peut-être la justi­ce sociale quotidienne, avec les abbés Naudet, 6 Dabry, Roct et Roe­glin??? ou bien un organe nouveau avec l'abbé Borderon…

M. Lemire a ses vues sur l'organisation de l'Eglise après la sépara­tion. Il en a écrit au Cardinal Merry del Val9). Il préférerait des réunions provinciales de l'épiscopat à une réunion générale. Les archevêques pourraient se voir ensuite et conclure. Il pense qu'on peut profiter de la loi sur les associations. Il faudrait une société immobilière par canton, pour posséder les presbytères, les églises nouvelles, les œuvres…

L'organisation de l'Action libérale, à la rue Las Cases m'a bien inté­ressé. Il y a là 7 des fiches sur tous les arrondissements électoraux et des dossiers sur tous les projets de lois proposés depuis 30 ans. On peut étu­dier là avec grand profit pour connaître l'état de toutes les questions so­ciales au point de vue législatif.

J'ai causé longuement avec Mgr Leroy. Il craint pour ses œuvres de France, mais il garderait un pied-à-terre à Paris.

Mgr Montagnini m'aurait confié un courrier de cabinet si j'étais venu directement à Rome. Il espère qu'on ne transigera à Rome avec le gou­vernement italien que pro forma.

J'ai trouvé Marc Sangnier assez triste. Il subit tant 8 de critiques et de contradictions! J'ai revu aussi plusieurs de mes anciens du patronage S. Joseph, les Lasage, Delbart et Georgiat. Ils ont conservé la foi et l'ar­deur de notre chère œuvre à ses débuts. Leurs fils sont des zélateurs du Sillon. Ils me rajeunissent de 30 ans! …

Le 15, j'allai, de Paris à Lucerne; le 16, de Lucerne à Milan. Les Al­pes sont belles en hiver par un beau soleil. Elles sont revêtues de tant de neige blanche et pure!

J'ai dit la sainte messe à la cathédrale de Lucerne à l'autel st Maurice. Tout se passe là avec beaucoup d'ordre et de soin.

A Milan, à la chapelle de l'Œuvre de la cathédrale, c'est 9 déjà le laisser-aller italien. Le sacristain bredouille les réponses. Il m'a fait dire en vert la messe de st Antoine! Il prétend que c'est ainsi à Milan??

Je m'arrêtai encore à Pesaro, à Senigallia, à Ancône, à Lorette. Pesa­ro était la seconde petite capitale du duché d'Urbin. Les ducs avaient un gracieux palazzo du XVIe siècle, qui est devenu la préfecture. La belle église ogivale de St-Dominique et son cloître sont, depuis 1870, un mar­ché. La cathédrale, un petit pastiche de St-Pierre, est bien modeste. L'intérieur vient d'être renouvelé. Les autels du transept sont dédiés, l'un au S.-Cœur, avec l'apparition à Marguerite-Marie, l'autre à N.-D. 10 du S.-Cœur. -C'était grande fête à l'église de S.-Antoine, qui est petite mais richement ornée dans le goût du XVIIe siècle. Toute la petite ville était là pour vénérer et baiser les reliques de st Antoine. Toute la région a des confréries très vivantes de St-Antoine.

Pesaro a la maison de Rossini où l'on garde ses souvenirs. Il a surtout vécu à Paris. La maison est ornée de portraits, manuscrits, caricatures… Rossini se respectait et il est mort chrétiennement.

J'ai beaucoup goûté à Pesaro son musée de Majoliques. Il y a là de belles collections des écoles d'Urbin, de Faënza, de Gubbio, de Pesaro. Les Mastrogiorgio de Gubbio ont des fonds d'or resplendissants. On les estime 11 un grand prix. A Urbino, on faisait du style raphaélesque, de petits rinceaux imités des peintures antiques. Pesaro faisait plutôt des sujets religieux. Toutes les faïences ont de grands rapports avec celles de Damas et de Cordoue. Pesaro et Urbin ont de nouvelles faïenceries qui copient les vieux modèles. On trouve cela à toutes les expositions.

A Lorette, on prie toujours volontiers, malgré les doutes que la criti­que a jetés sur l'authenticité de la Santa Casa. Les peintures de la basili­que se poursuivent lentement. Lameire a fini la chapelle française. Il a deux belles scènes historiques: les Croisés défendant le sanctuaire de Na­zareth, et st Louis vénérant 12 la Santa Casa. C'est d'un bon coloris clair et vif, mais cela manque un peu de réalisme. Les palmiers sont di­gnes de la maison du Bon Marché. Il manquait à Lameire d'avoir vu l'Orient.

Seltz n'a pas fini la chapelle allemande. C'est de la miniature en grand. Il y a trop de petits sujets.

On couvre de dorures les arcades de la coupole. Cet or est trop vif dans le neuf.

J'ai voulu voir Campocavallo. La grande église est achevée. La chère Madone semble toujours remuer les yeux. Je ne la vois jamais sans émo­tion. Elle me paraît sévère et je m'humilie à ses pieds. 13

J'ai voulu voir à Senigallia la maison de Pie IX. Le vieil hôtel des Mastai-Ferretti est caché derrière l'hôtel de ville dont les galeries sont or­nées des souvenirs de Garibaldi. La maison appartient au petit neveu de Pie IX, le Comte de Bellegarde.

A Ancône, j'ai passé quelques moments dans la bonne famille Mon­gardo, famille de petits employés où règnent encore les vieilles moeurs. La mère est rentée de l'Etat. Elle a trois garçons et trois filles, et il y a déjà des petits-enfants. On travaille, on prie, on vit sobrement, et l'on regrette le bon vieux temps.

Toutes les villes de la côte ont des établissements de bains de mer. Les moeurs sont loin de s'améliorer. 14

Notre demande d'approbation aboutira-t-elle? Aux Evêques et Régu­liers, elle serait bien accueillie. Elle se présente favorablement avec de bonnes lettres de onze évêques, et une préfecture apostolique. Mais il y a le Saint-Office qui se souvient encore de ses rigueurs de 1884.

J'ai donc cru devoir adresser directement au Saint-Office une deman­de pour pouvoir poursuivre l'affaire. J'ai remis aujourd'hui cette de­mande à Mgr Lugari assesseur du Saint-Office sous les auspices de la très sainte Vierge et de st Joseph dont nous célébrons aujourd'hui les Epousailles. 15

Les travaux publics ont avancé depuis deux ans. La fameuse crise édi­litienne est passée. Les maisons commencées s'achèvent, les quartiers neufs se bâtissent. Les quais et les ponts se terminent.

La capitale italienne s'approprie et la reconstitution du pouvoir (les pa­pes paraît de moins en moins facile. Le fameux monument de Victor­Emmanuel grandit. Il s'achèvera. On en prépare les accès. Le palais Torlo­nia a été remplacé par un pastiche du palais de Venise qui est bien réussi.

La nouvelle Synagogue brille au vieux ghetto avec sa coupole d'alumi­nium. Elle n'a pas de cachet religieux. C'est un bazar. 16

Dans quelques années la nouvelle Rome pourra se montrer en public à l'occasion de quelque exposition.

La campagne romaine a fait des progrès aussi. Elle a été assainie par des rigoles, et la culture n'a plus guère de lacunes du côté de Mentana ni du côté de Frascati.

J'ai commencé mes visites. Chez Mgr Tiberghien, petite réunion dé­mocratique. je revois Mgr Glorieux, Mgr Vanneufoille, M. Pottier10) et je fais connaissance avec le comte Grosoli11), homme intelligent, d'un calme britannique et qui a supporté avec une grande patience et douceur son échec dans la réorganisation de l'Œuvre des Congrès12) en Italie. Il re­vient de Calabre. Il déplore l'état de 17 misère de cette province, sans écoles suffisantes, sans routes, avec des rivières non canalisées et des estuaires infects. Le clergé du pays n'est pas à la hauteur. Il y a cepen­dant un Evêque remarquable à Mileto.

Mgr Passerini nous trouve trop conciliants en France, il voudrait la lutte contre la loi de séparation. Mais sous quelle forme? je pense qu'on aurait dû s'opposer davantage à l'inventaire, qui est un acte préparatoire à la spoliation13).

Le Card. Ferrata14) est pour la conciliation. C'est un diplomate. Le Card. Mathieu15) nous offre ses bons services. Il connaît notre hôtesse, la comtesse Lavatelli, une archéologue.

Le Card. Vivès16) est toujours 18 édifiant comme un saint. Il n'at­tend rien de bon de notre gouvernement maçonnique. Même la liberté des nominations épiscopales pourra sombrer; mais le S.-Cœur de Jésus est là, et la Bonne Mère. - Il s'intéresse à nos missions des Falls. Ceux qui vont là, dit-il, avec la perspective d'une mort prochaine, auront la palme du martyre.

M. Debruyne, le P. Eschbach17), le P. Lifloch déplorent les entraves apportées à la vie religieuse en France. Le P. Eschbach pense que Dieu a voulu réprimer la richesse de quelques couvents.

Mgr Battandier18) nous promet son concours pour l'approbation. Mgr Mourey19) craint que la protection des évêques ne fasse arriver 19 à l'épiscopat quelques abbés peu sérieux ou de doctrines peu sûres.

La comtesse Ledochowska20) regrette la tendance de certains Instituts à nationaliser les missions. On profite du recul de la France, qui portait partout généreusement ses efforts apostoliques.

J'ai vu Mgr Allgeyer, vicaire apostolique du Zanguebar septentrio­nal. [Côte de Zanguebar: zone littorale de l'Afrique orientale, le long de l'océan In­dien, entre le cap Delgado qui la sépare au S. de la côte de Mozambique et le fleuve Djouta, où commence au N. la côte des Somalis… En 1905, l'Allemagne possède la moitié méridionale de Zanguebar, l'Angleterre le nord, avec Zanzibar]. C'est chez lui que passe le chemin de fer de Mombasa, que prendront nos Pères pour aller à l'Est de notre préfecture. Il nous fera bon accueil à Mombasa21) où il va se fixer. Il y a déjà là une procure des Pères Blancs.

Je ne perds pas de vue la lutte contre les liquidateurs. Le pauvre Dr Gaudart, troublé par les petits imprimés qu'il a 20 reçus et dont je garde ici le spécimen, voudrait bien n'avoir pas mis de surenchère sur Fourdrain. Sa femme n'en dort plus.

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J'envoie un nouveau texte d'affiche qu'on placarde à St-Quentin. En voici la teneur:

APPEL

à la

CONSCIENCE PUBLIQUE

Nos biens vont de nouveau 21 être mis en vente le 2 février au profit du fisc.

Nos concitoyens de St-Quentin se sont honorés en s'abstenant de tou­te enchère au premier essai de vente, qui a eu lieu le 23 décembre. Ils sa­vent que sous le nom trompeur de liquidation se cache une injuste con­fiscation.

Pour toute protestation aujourd'hui, rappelons seulement deux arti­cles de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, qui a été vo­tée par l'Assemblée nationale les 20-26 août 1789 et qui forme la base de notre Constitution.

Art. 10. Nul ne peut être inquiété pour ses opinions même religieuses pourvu qui leur manifestation ne trouble 22 pas l'ordre public établi par la loi.

Art. 17. La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé si ce n'est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment et sous la condition d'une juste et préalable indemnité.

Ceux qu'on appelle les Grands Ancêtres comprenaient mieux que leurs successeurs la justice et la liberté.

Lobbé, Dehon, Legrand

C'est le grand jour de la vente. C'est aussi le premier Vendredi du mois et la fête de l'Oblation de N.-S. au Temple. Ce jour a toujours été marqué par des grâces et des croix, depuis les commencements de l'œuvre. 23

Le soir, une dépêche m'annonce les résultats de la vente. La maison du S.-Cœur m'est adjugée à 10.050 fr. S.-Clément est adjugé à 2.000 à un ami de M. Legrand. C'est bien, attendons les huit jours réservés pour la surenchère. Fourdrain est perdu, mais son prix servira à acquit­ter les hypothèques du S.-Cœur.

J'avais, le 30, ravivé mes vieux souvenirs de jeunesse en célébrant la messe sur le tombeau de st Louis de Gonzague et en visitant sa chambre et celle de st Jean Berchmans. J'ai passé là, au Collège romain22) de si bonnes années et j'y ai reçu tant de grâces!

Nouvelles visites:

Le P. Lefloch, supérieur du Séminaire français. Ma pensée se reporte vers 24 P. Freyd23), mon ancien supérieur et confesseur, l'homme d'oraison, l'homme de Dieu, le saint.

Visite à dom Schercousse, abbé de St-Caliste, un homme de Dieu aus­si. Il est du pays d'Hazebrouck et de 20 ans plus jeune que moi. Nous causons de nos vieux souvenirs d'Hazebrouck et du Mont-des-fats. Il a été élevé comme moi par M. Dehaene, puis par mon ancien condisciple M. Baron.

Je vois aussi Mgr Marre, Abbé général des Trappistes, simple et bon, vrai disciple du regretté P. Wyart24).

Visite à la Sr Stanislas, Assistante générale des Ursulines, Via No­mentana 14. La pieuse soeur a beaucoup connu le P. André25) à Aix-en­Provence, où il était aumônier et où sa soeur 25 est encore religieuse. Elle nous aide à propager nos opuscules religieux.

Chez les Franciscaines de la via Giusti, je ne puis pas voir la Supérieu­re générale, qui est grippée. Nous causons avec l'assistante du prochain départ des Soeurs pour les Falls.

J'ai vu aussi le bon Card. Agliardi26). Il est toujours très bienveillant. Je le trouve enclin à la conciliation plus que je n'aurais cru.

L'abbé Lemire vient me voir. Il regrette les démonstrations qui ont lieu en France. Les inventaires sont légaux, dit-il. Je lui réponds que les députés ont une trop haute opinion de la prétendue légalité. Est-ce bien des lois que ces décrets tyranniques votés par les loges et répétés par le Parlement qui est l'écho de la franc-maçonnerie? 26

Je vois avec plaisir le bon P. Vincent de Paul Bailly27). Voilà qu'il a 73 ans. Il se prépare à aller encore en Terre Sainte pour la 25e fois. Il a été un beau lutteur.

Mgr Gasparri28) voit avec plaisir la résistance. Il espère qu'elle influera sur les élections. Il vante l'œuvre de M. Piou29), il a raison. Je loue à mon tour celle: du Sillon30), malgré ses imperfections. Il faut arriver à avoir en France un groupe républicain catholique.

Nous sommes en panne pour l'approbation à cause des vieilles histoi­res du St-Office de 1883. Comment en sortir. Aujourd'hui 7, j'organise une sorte d'assaut. Je vois Mgr Della Chiesa31). 27 Il est bienveillant, il me conseille de faire parler au Sous-Commissaire (le P. Pasqualigo) par le bon P. Lepidi. - C'est entendu, je vais chez le P. Lepidi, il me pro­met d'en parler.

Je vais aussi chez le P. Pie de Langogne, qui prend l'affaire à cœur. Il en parlera lundi à l'assesseur (Mgr Lugari) et il tâchera de faire tomber ces vieux obstacles. Je reprends confiance.

Malgré la grippe qui me fatigue depuis trois jours, je vais célébrer la messe le 8 auprès du tombeau de Ste-Cécile aux catacombes, avec nos jeunes gens.

Bonne journée. Je renouvelle mes bonnes résolutions d'antan. Le P. Lepidi m'a dit hier une parole qui m'a frappé. Dans la vie des Saints, 28 m'a-t-il dit, on ne tient pas compte des fautes commises dix ans avant leur mort. Ils les ont expiées. Je ne suis pas saint, mais je vou­drais bien me purifier du vieux levain pendant 10 ans. Je demande donc à la très sainte Vierge de me donner encore 10 ans de vie, et je vais es­sayer de me convertir.

Je revois les intéressantes chapelles des Sacrements et les nouvelles fouilles de St-Damase.

Le 13, une dépêche m'annonce la mort de notre bon P. Willibrod Triebels32), il a succombé à une maladie de cœur. C'est une grande perte. Je continue mes visites. Je vois le Patriarche des Arméniens de Con­stantinople. Il est très digne et très intéressant. 29 Je lui parle d'une fondation en Orient. Il nous donne espoir pour l'Égypte. Il s'y intéresse­ra, il nous donnera une lettre, quand le siège arménien d'Égypte, au­jourd'hui vacant, sera occupé.

J'aime toujours à voir le P. Biederlack33), il a des vues très justes sur les événements. Les abus de l'exégèse et de la critique historique l'inquiètent. Le P. Berringer nous aidera pour que notre association de réparation soit érigée par le St-Siège et qu'elle ait ses indulgences propres.

C'est le 14 que j'ai l'audience. Elle est très consolante. Le St Père est d'une bonté extrême. Il me signe le pouvoir de donner le scapulaire du S.-Cœur et de déléguer. Je lui parle de l'approbation et de nos petites difficultés. Il me 30 rassure entièrement. Il en parlera à l'Assesseur du St-Office et l'affaire s'arrangera. - Après mon audience, je lui présente Mme Meuret et Mme Larue, qui sont émues jusqu'aux larmes.

Le P. Lepidi a vu le P. Pasqualigo. Il dit que notre affaire doit passer au congresso du Saint-Office et qu'il est utile de voir les cardinaux. Nous les verrons.

Le P. Pie nous fait savoir qu'il a reçu une réponse très rassurante de Mgr Lugari.

J'ai donc vu sept cardinaux. Ils se sont tous montrés bienveillants et encourageants: le Card. Vannutelli34), secrétaire. Il me donne aussi son avis sur le cas de conscience d'un officier d'Avignon, le commandant Auger, qui voudrait démissionner pour ne pas prendre 31 part au sac des églises, à l'occasion des expulsions. Il ne conseille pas la démission. «Agir seulement pour maintenir l'ordre, dit-il, et se montrer doux pour les catholiques».

Le Card. Rampolla35) nous reçoit aimablement, mais il ne va pas au St-Office. Il en est de même du Card. Merry del Val36). - Le Card. Ferrata37) promet de s'employer à nous sortir du Saint-Office. Le Card. Segna est bienveillant. Le Card. Steinhuber38) pense qu'il ne s'agit que d'une simple formalité. Le Card. Vivès39) toujours excellent et tout en Dieu, nous donne bonne espérance: «ce sera, dit-il, l'année de la cano­nisation pour notre Institut».

Donc, bonne espérance.

En attendant, j'achève d'écrire mon travail sur le Cœur Sacerdotal de Jésus. 32

Quels beaux jours le 25 et le 26! Le Pape a consacré à St-Pierre les 14 évêques nouveaux qu'il a donnés à la France. J'en connaissais quelques uns: Mgr de Ligonnès, Mgr Gibier, Mgr Guillibert, Mgr Touzet, j'ai vu aussi Mgr Gieure40). Tous sont édifiants, généreux, prêts à braver toutes les difficultés.

Un sacre est une belle cérémonie, mais celui-là est un événement historique. Il semblait qu'une nouvelle évangélisation de la France était confiée à ces quatorze apôtres.

Le 26, belle réunion, au Vatican, à la salle royale. La colonie française remercie le Pape, par l'organe du Card. Mathieu41), et le Pape, en un beau discours, exprime son affection pour la France.

Le 27, brillant ricevimento chez 33 le Card. Mathieu.

J'ai déjeuné le 25 chez Mgr Tiberghien avec Mgr Enard42), devenu ar­chevêque d'Auch, qui est toujours très aimable pour nous.

Le soir, chez les pieuses Dames du Cœur-Eucharistique-de Jésus, j'ai dîné avec Mgr Enard, Mgr Marpot43) (de S.-Claude), Mgr Touzet (d'Aire) et Mgr Gieure (de Bayonne).

Ces Dames ont une gracieuse chapelle du S.-Cœur.

Pendant que le St-Siège nous donne de bons évêques, le gouverne­ment français va à l'assaut des églises pour appliquer sa loi tyrannique et injuste sur la séparation. Nos catholiques résistent presque partout. Ce réveil étonne les étrangers qui nous croyaient plus indifférents et apathi­ques. 34 Le gouvernement veut y voir un mouvement politique, les Jacobins n'ont pas de vergogne. Ils mentent effrontément et volontaire­ment.

Je reprends la visite des stations. Je l'ai faite souvent. Il y a une grâce toute particulière. N.-S. disait à ste Brigitte que des reliques des martyrs sortait à Rome une effleuve de grâces. - S. Basile a dit: Martyris ossa quisquis attigerit, ob gratiam corpori insidentem, fit quadamtenus sanctificationis particeps. - A Ste-Agnès, à Ste-Cécile, ce n'est pas seulement une grâce de foi et de force qui émane des tombes sacrées, c'est comme un parfum de pureté et de modestie. Nous recevons plusieurs visites. Mgr de Lu­xembourg vient dîner aimablement avec nous.

Les Soeurs Missionnaires du S.-Cœur44) 35 nous ouvriront peut­-être la voie aux Etats-Unis. Elles sont Italiennes.

Il nous serait utile de recruter des italiens pour propager en Italie no­tre dévotion réparatrice et pour aider à nos missions. Où fonder une éco­le italienne? On nous offre des maisons à Monteforte, à Salzano, à Gê­nes. Je préférerais Bergamo. Il y a en Lombardie une race plus virile, plus active, et des ressources. Mgr Radini45) accueille bien ce projet, j'irai le voir. Mgr Adami, vénérable et riche évêque titulaire, promet de nous aider.

Le 14 revient mon jour de naissance. Je veux encore me convertir. La grâce de N.-S. m'encourage, surtout à la messe. Nos j. gens me présen­tent gentiment leurs bons souhaits.

Le 15 mars 1906, a lieu un départ d'Anvers, des PP. Kohl46) et Mulder47), pour le 36 Congo. Je leur envoie nos voeux de Tivoli où nous allons en excursion. - Le 19, un de nos jeunes prêtres meurt d'une manière fort triste à Düren, je crois qu'il est une victime pour d'autres.

Je rencontre ces jours-ci plusieurs apôtres de l'action sociale populaire en Italie. Ils reviennent du Congrès de Florence. Le professeur Rezzara48) de Bergame est bien édifiant, dans sa foi intransigeante et son zèle infatigable pour les œuvres. Je lui ai parlé de notre projet pour Ber­game, il y pensera.

Le chanoine Daelli de Como est avec lui. C'est l'assistant ecclésiasti­que du second groupe des œuvres. Avec cela il est chanoine obligé au choeur, professeur au séminaire, rédacteur d'un journal quotidien. 37 Il travaille comme quatre.

Je visite le comte Soderini49), il me reçoit aimablement. C'était l'hom­me de Léon XIII. Il aime à rappeler les traits qui marquent le grand ca­ractère, la tempérance, les vertus intimes du grand Pape.

Chez lui, je rencontre le chanoine Sturzo50), un des vaillants prêtres so­ciaux de Sicile. Quel feu dans cette âme! Quel tempérament de tribun! Il voudrait un peu plus de liberté dans l'action catholique. Il a vu Pie X qui tient mordicus pour l'action hiérarchique.

On m'a demandé une conférence au séminaire français. Je la donne le 25 sur la nécessité de diriger le ministère pastoral particulièrement vers les hommes.

Le nouveau supérieur, le P. 38 Le Floch, me retient pour prêcher au séminaire la retraite de Pâques l'an prochain. Le pourrai-je?

Nos affaires d'approbation traînent toujours. J'en souffre beaucoup, mais il fait bon souffrir pour féconder les œuvres. Le 28, je vois le P. Pie de Langogne. Il me dit que tout ira bien. Espérons!

Mgr de Soissons51) est à Rome pour huit jours. Il vient dîner avec nous le jeudi 29, fort aimablement. Il est fort ardent pour la résistance. Mgr Tiberghien expose la thèse de l'essai loyal de la loi de séparation. La discussion est fort intéressante.

Mmes Malézieux et Arrachart arrivent le 30. Je ferai avec elles la visi­te des basiliques et 39 quelques promenades.

Le ler avril, réunion de l'Index. On se met bien au courant là des cou­rants d'opinion, de la doctrine romaine, des tendances nouvelles. Nous jugeons des ouvrages écrits sous l'influence des erreurs contemporaines: le kantisme, la philosophie de l'immanence, le réformisme rationaliste. Dans quelques jours, des décrets importants seront publiés.

C'est le dimanche de la Passion, je monte la Scala Santa et je vénère les grandes reliques de la sainte Croix de Jérusalem. Cette visite a des grâces spéciales dans des jours comme ceux-ci.

Le 5, visite du Card. Ferrata. Il m'informe des difficultés que rencon­tre l'approbation. Il y a des opposants malveillants et durs. 40 Ils pré­tendent que nous vivons encore sur les révélations de 1878, etc, etc. Le cardinal me demande une déclaration écrite, formelle52), que je lui re­mets le 7, fête de N.-D.-des-Sept-Douleurs et ler vendredi du mois.

Nous avons, il est vrai, bien des défauts, mais cette accusation là est fausse.

Quelle belle audience j'ai eue le 9! Il était 10 h. 1/2. Le P. Barthé­lemy53) était avec moi. Je présentai ensuite Mme Malézieux, Mme Arra­chart et Mlle de Tourville.

Comme le St Père était affable et simple. Il me fit asseoir auprès de lui. Je commençai par le remercier de sa bienveillante intervention pour notre approbation. Il me rassura et me dit: «Ne craignez pas (non dubi­tate), vous 41 serez approuvés».

Je lui parlai ensuite de nos projets pour Bergame. Je lui exposai les motifs de fonder en Italie: l'apostolat du S.-Cœur et de la réparation à y répandre et les vocations de missionnaires pour le Brésil et le Congo. Il approuva le projet et le bénit… Le lieu est bien choisi: Bergame est un excellent diocèse, un diocèse modèle. Il y a un bon clergé. Les familles sont nombreuses et fortement chrétiennes. Il y a beaucoup de vocations ecclésiastiques, il y en aura aussi pour la vie religieuse…

Le Pape aime beaucoup Mgr Radini, il me charge de lui porter ses bé­nédictions affectueuses, pour lui, pour ses œuvres, pour nos projets. Les diocèses voisins sont bons aussi, dit-il: Côme, Crémone; Mantoue un peu moins, c'est 42 la vallée du Pô qui est moins bonne que la monta­gne. Milan est la sentine de la Lombardie, avec ses agglomérations d'ou­vriers socialistes… N'allez pas dans le midi… «Oh! sono castigati di Dio» - Il faisait allusion aux catastrophes de la Calabre et du Vésuve.

Puis nous parlâmes des affaires de France. L'acceptation de la loi, dit­il en levant les bras, mais c'est impossible. - Je lui dis qu'en effet la loi était contraire à la Constitution de l'Eglise. - Securo [Sicuro], répondit-il. On parle d'essai loyal, mais eux (les gens au pouvoir) ne sont pas loyaux. Après une concession, ils en voudraient une autre. Les Lettrés ont écrit leur lettre, mais ils ne sont pas théologiens… Espérons le 43 secours de Dieu. La résistance présente est un signe. Elle vient de Dieu. On ne la prévoyait pas. Le France avait tout souffert sans s'émouvoir: l'expulsion des religieux, la fermeture des écoles…

Puis il nous bénit paternellement.

Le matin du même jour, j'avais eu la faveur de dire la messe à la cryp­te de St-Pierre, comme à ma seconde messe il y a 38 ans.

J'ai aussi promis au Pape de propager en France ses directions.

Du 10 au 20 avril 1906, je suis en voyage. A Bologne j'assiste aux offi­ces pontificaux du jeudi et du vendredi saint et je visite quelques sanc­tuaires: St-Pétrone, St-Dominique, le Corpus Domini, la Madone de St­-Luc. 44

A Bergame, je passe deux jours chez Mgr Radvi-Tedeschi. J'assiste au bel office pontifical de Pâques. Il y a là depuis Donizetti des traditions de bonne musique. Je revois la cathédrale, l'église Notre-Dame, le bap­tistère. Il y a là de beaux morceaux d'architecture de tous les styles: lom­bard, renaissance, XVIIe siècle. Et quelle richesse de meubles: tapis, stalles, etc…

Nous causons avec Mgr de la fondation de Bergame. Il a en vue une maison qui a un beau nom, le Paradiso, mais il y manque une cour et un jardin. J'attendrai.

A Milan, je revois la cathédrale, la Cène de Léonard de Vinci et je prie les saints de Milan. Je 45 fais le tour extérieur de l'Exposition, ce­la rappelle celle de Liège.

A Turin, messe à la chambre de Don Bosco, pèlerinages à la Consola­ta, au St Suaire, à la Superga.

A Bourg, messe et visite à Brou, le délicieux spécimen du gothique fleuri et de la première renaissance. J'apprends que les Lettrés ont été inspirés pour faire leur drôle d'encyclique par un cardinal et 4 ou 5 ar­chevêques et évêques. C'est une queue du gallicanisme.

A Paris, actions de grâces à N.-D.-des-Victoires. Visite à Montmartre et à Notre-Dame de Paris.

Rentrée à St-Quentin le 20. L'horrible mur de la liquidation a dispa­ru. La pauvre maison est bien abîmée. Les vitres ont été criblées de pier­res par les élèves 46 de l' école de dessin et par les voyous du quartier.

Je ne trouve guère la paix dans la maison. Quelques dons viennent m'aider à diminuer mes dettes.

Le 4, premier vendredi du mois, le Card. Ferrata me fait dire d'avoir confiance pour nos affaires. Il les pressera.

Le 5, un de nos bons petits élèves de Tervuren meurt saintement. La sainte Vierge vient le chercher.

Le 6 et le 20, nous avons les élections pour le Parlement. Elles sont dé­testables. Dieu protège la France!

Le 10, c'est le Conseil à Bruxelles: appels aux ordres; projets de con­structions et d'achats. Je vais voir un terrain à Tervuren 47 et un châ­teau près de Louvain, à Glabbeck. On demande 80.000 fr. de ce château qui ne vaut pas la moitié de Fourdrain.

Le jeudi 17, beau départ à Anvers: les Pères Reelyk, Carton et Gonthier54). Que Dieu les garde!

Les gens mêlés à nos affaires de liquidation sont déjà punis. Les ache­teurs de Fourdrain sont malades. L'avoué Duconseil est ruiné. Le con­seil municipal de Fourdrain a pris une délibération contre nous, il y a cinq ans. Il est puni. Son école de filles fondée autrefois par le Comte de Turenne est comprise dans la liquidation. Ces gens devront reconstruire une école et payer pour cela des impôts supplémentaires. De quoi 48 se sont-ils mêlés?

Le 27, voyage à La Capelle. Je vois à Fontaine, chez mon oncle, une famille vraiment patriarcale et bénie.

Ceccaldi est élu député dans cet arrondissement qui était bon. C'est le triomphe de la canaille.

Le 31, je vais à Paris. Je revois mon ami, l'abbé Desaire55). Je dis la messe à N.-D.-des-Champs. On trouve là de grandes fresques modernes qui ont des prétentions au réalisme et qui montrent le défaut de sens chrétien dans leurs auteurs.

Le 1er juin, belle cérémonie à Montmartre. Les évêques ont eu leur réunion pour délibérer sur la loi de séparation. 49 Ils lisent tous en­semble la consécration de la France au S.-Cœur. L'église est pleine. Mgr Amette56) explique le sens de la cérémonie: un hommage et une prière de l'Eglise de France au S.-Cœur. Cet acte est bien émouvant, dans les jours difficiles où nous sommes.

J'ai plusieurs anniversaires en juin: le ter, ma confirmation, le 4 ma 1ère communion, le 6 mon diaconat. Ces jours-là m'apportent de profondes im­pressions, j'ai tant abusé des grâces divines! Je voudrais cette année me re­nouveler dans la ferveur. Mes années s'écoulent rapides. Je devrais être dé­jà bien affermi dans la vertu, et j'en suis encore si loin! 50

Je sais que notre affaire d'approbation doit être jugée le 11. Ce sont des jours d'attente et d'inquiétude, mais j'ai confiance. Le 11 à 1 heure, une bonne dépêche arrive. C'est fait, l'approbation de la Cong. est ac­cordée pour toujours, et celle des Constitutions pour dix ans57).

Je porte cette bonne nouvelle au Conseil le 13. Après le Conseil, je vais passer trois jours à Luxembourg. J'avertis toutes nos maisons, et le 22, nous chantons partout le Magnificat et nous renouvelons nos voeux. Les décrets viendront vers le 15 juillet.

Que Notre-Seigneur est bon de 51 nous accepter malgré tant d'an­nées de faiblesses et de misères!

Le 28, c'est l'anniversaire, le 28e anniversaire de mes premiers voeux. Quelle moissons de grâces j'aurais si j'avais été fidèle!

J'ai prêché le 24 la saint Jean-Baptiste à Mortiers, chez Mgr Lesur. Ce bon prélat fait de bonnes œuvres avec la fortune que la Providence lui a envoyée. Beati misericordes! [Mt 5,7].

Le 9, conseil à Bruxelles. On commence les placements. Je visite à Louvain un terrain à acheter. -je vais à Sittard conférer avec nos Alle­mands pour les démarches à faire en vue d'entrer en Allemagne. On dé­cide d'aller faire visite à Mgr de Metz58) 52 et au Cardinal de Cologne.

J'ai eu ces jours-ci plusieurs fois des crachements de sang. Ce sont des avertissements: Notre-Seigneur ne prolonge pas ma vie pour que je la passe dans la tiédeur, mais pour que je me sanctifie.

Notre décret d'approbation est daté du 4. Je le reçois le 17, à l'arrivée du P. Barthélemy. Nos Constitutions sont à peine modifiées. L'esprit pro­pre de la Congrégation reste bien marqué au chap. 11, mais il ne doit plus être exprimé dans la profession parce qu'il ne fait pas l'objet d'un voeu.

Le postulat est porté à trois mois, c'est utile pour une 53 meilleure formation.

Le P. Barthélemy a vu le St Père et l'a remercié avant de quitter Ro­me. Il en a obtenu encore une précieuse faveur, c'est que notre abandon des mérites au S.-Cœur soit rendu équivalent à ce qu'on appelle l'Acte héroïque. Cela nous procure l'avantage de l'autel privilégié quotidien.

Voici maintenant que l'hypothèque sur la maison du S.-Cœur est contestée. Lecouturier a gain de cause en référé le 21 juil. Cela nous me­nace d'une nouvelle perte de 24.000 francs environ. «Pater, si possibile est, transeat a me calix iste…» [Mt 26,39]. Cependant, s'il faut encore cette croix pour notre purification et pour le 54 bien de l'œuvre, flat! Les névralgies et les insomnies se multiplient aussi. Fiat!

Le 14, mon frère vient passer quelques heures avec moi, nous inaugu­rons ma maison rachetée et remise au propre. Le jardin a été égayé par la destruction d'un hangar. J'ai là pour l'été un séjour favorable à la santé, à la solitude, à la prière. J'y puis aussi recevoir les Pères et les étu­diants de passage.

Le 16, je vais à Paris pour régler au bureau des Messageries mariti­mes les conditions du voyage du Brésil et pour m'informer des voyages au Congo par la mer Rouge.

Le 27, je pars pour l'Est. Je vais à Clairefontaine d'abord. La maison souffre du manque de 55 ressources et de l'état maladif du Supérieur. Le 31, je suis à Chazelles. Un aimable prélat, Mgr Nigetiet, me reçoit et me conduit chez Mgr de Metz [Mgr Benzler]. Le bon Evêque autori­serait bien une résidence dans son diocèse, mais il n'a plus d'influence à Berlin. Il faudra attendre.

Je passe à Luxembourg, nos constructions s'achèvent et le corps pro­fessoral s'organise.

Le 2, je vais à Cologne, par Trèves, Coblentz et le Rhin. Le temps est orageux et la chaleur caniculaire.

Quel beau fleuve! et quel dommage que les divisions politiques en aient gâté le voyage!

Je loge à Cologne chez les bonnes Soeurs Bénédictines du St- 56 Sacrement, fondées par la Vén. Cath. de Bar59). C'est un grand mona­stère de plus de soixante Soeurs, simples, ferventes, édifiantes.

Le Cardinal est absent, je ne vois que le vicaire général, Mgr Kreutz­wald. Il nous reçoit avec affabilité. Il espère que nous pourrons avec le temps avoir une résidence au diocèse de Cologne.

Cologne s'embellit. Il y a de belles percées et des quartiers neufs. Je prie volontiers quelques instants dans la cathédrale, la plus grandiose des églises gothiques. Il y a cinquante ans que j'ai visité Cologne pour la première fois. Les Français y étaient reçus alors avec beaucoup de sympathie.

Je passe à Sittard. Le noviciat 57 est pieux. La maison prospère, on a acheté les champs qui sont en face.

Je rentre à Bruxelles. Nous tenons conseil, le placement s'achève. A peine ai-je quitté Bruxelles, le 9, que Mgr Mignot et M. Chédaille60) y arrivent pour me faire visite et me féliciter de l'approbation. Ils y séjour­nent une journée.

Le 10, nous avons de belles ordinations: quatorze sous-diacres à Lou­vain, trois prêtres à Luxembourg.

Rentré à St-Quentin, je commence mes préparatifs pour le voyage du Brésil.

Le 15, les directions du Pape sur la loi de séparation nous arrivent. Quelle fermeté! quelle force! Les principes théologiques sont en cause, le Pape ne peut 581 pas céder.

Le 16 et le 17, visite à la famille réunie à La Capelle.

Quelques personnes m'aident pour les frais de mon grand voyage. Je demande des prières partout.

Je prends à ma charge 50.000 fr. des dettes de Clairefontaine. J'ai ra­cheté la maison.

Mgr Solari, auditeur de la nonciature à Bruxelles nous propose le vi­cariat apostolique du Chocò en Colombie. C'est tentant, mais les géo­graphies disent qu'il y a là un climat mortel pour les Européens. Nous verrons.

Mes préparatifs et mes adieux s'achèvent.

Dîner d'adieu le 28.

Départ de St-Quentin le 29. 582

Embarquement à Bordeaux le 31 sur le Chili.

Il y a 10.000 kilomètres ou 2.500 lieues à faire.

De Bordeaux à Dakar, 1.055 lieues

Dakar à Pernambuco, 800 lieues

Pernambuco à Rio, 500 lieues

Rio à Destêrro, 150 lieues

J'ai quatre compagnons de voyage, les PP. Angelus Déal, Cottart, Roblot, Boesten61). Ils vont travailler là-bas.

Je m'arrête le 30 à Poitiers chez l'abbé Bougouin62). Il habite avec une parente dévouée dans une des ces petites maisons bourgeoises avec jardi­net qu'on trouve dans toutes nos vieilles villes, en une rue assez archaïque. On parle de lui pour l'épiscopat. (Je l'ai recommandé à Ro­me autant que j'ai pu). 60

J'ai quelques heures à Bordeaux. Je revois avec mes compagnons les beaux quartiers, la tour St-Michel et son cimetière, les vieux souvenirs: l'église St-Saurin avec sa crypte et ses tombeaux vénérés de St-Fort et de Ste-Véronique. Je crois toujours, malgré la critique, à nos vieilles tradi­tions, du moins dans l'ensemble.

Je crois à l'apostolicité de nos églises de Gaule et même à la venue des amis du Sauveur en Provence.

Bordeaux a de la grandeur, mais comme toute la France elle est arrê­tée dans ses progrès, elle sommeille. Elle n'a pas de grands travaux mo­dernes comme Anvers et Hambourg:.

Son port est en retard. 61 Il n'a pas été entretenu, il s'ensable. Le plus souvent les paquebots des Messageries ne peuvent pas aborder aux quais, ils partent de Pauillac. Il en est de même sur toutes nos côtes. La Rochelle cède son trafic à La Palisse et Nantes à St-Nazaire. La France s'ensable.

Cependant, grâce à une marée favorable, nous nous embarquons au quai Carnot, sur le Chili. C'est un des six bateaux des Messageries Ma­ritimes qui font le service de l'Atlantique. Il jauge 6.000 tonnes. Il a en­viron 150 mètres de long. Il a deux moteurs et deux hélices et il compte près de 160 hommes d'équipage.

Les passagers sont nombreux, 62 environ 600. Les troisièmes sont bondées d'émigrants.

Nous avons à bord quelques missionnaires, entre autres le Préfet apos­tolique du Loango.

J'ai une chapelle de missionnaire. Nous dirons presque chaque jour la messe, du moins ceux qui seront valides.

C'est pour 13 jours. Le golfe de Gascogne ne se montre pas méchant. Le 3, après Lisbonne, il y a un gros roulis. Les tables se dégarnissent. Une bonne secousse renverse sur le pont les dames et les fauteuils, qui vont rouler jusqu'au bastingage. On en est quitte pour la peur. On met à table le violon, ces ficèles de mauvais augure qui 63 retiennent les as­siettes, les verres et les bouteilles.

Sauf les escales, le voyage a peu de variété.

Le temps est couvert et frais après Lisbonne. C'est étonnant, il avait fait si chaud à Bordeaux où tout était desséché par un été brûlant. Nous croisons le Magellan des Messageries, c'est une fête, on se salue. Tout incident prend de l'importance sur ce désert humide.

Nous passons à travers les Canaries. Longtemps la longue île de Buen Ventura nous montre ses cultures. Quelques oiseaux viennent nous sa­luer.

La mer est d'un beau bleu foncé là où passe le courant 64 du Gulf­stream; ailleurs elle prend la teinte sombre du vert de bouteille.

Voici des poissons volants. Cela amuse tous les passagers, de jolis poissons blancs, qui volent droit et loin. Est-ce nous qui les troublons ou quelque requin qui les poursuit? Nous croisons en effet des requins qui font le haut dos, et des cacholots, qui crachent bien haut dans l'air.

Le soir, nous laissons derrière nous une traînée phosphorescente. Ce sont, je crois, des animalcules que nous avons troublés.

Près de la côte, on nous indique l'endroit où gisent sous l'eau les débris de la Méduse, dont le naufrage a été popularisé par le 65 pinceau d'Eu­gène Delacroix. Des hirondelles palmées effleurent la surface de l'eau. Après Dakar, les vents alizés nous rafraîchissent.

Nous touchons à Marin, le port extérieur de Pontevedra, chef-lieu de la Galice. Je suis passé là quand j'ai visité Santiago de Compostelle. Ma­rin a un aspect vivant, un marché couvert de monde, des maisons à bal­con, comme en Castille. Nous sommes là presque chez nous, les Gali­ciens sont les cousins des Gaulois. Nous touchons aussi à Vigo, c'est en­core l'Espagne et la Galice. C'est une ville en éveil, avec un quartier neuf, un grand hotel continental. Les Galiciens viennent nous offrir des fruits, 66 des mantilles en dentelles, des faïences de style arabe, qui sont une spécialité de la ville.

La troisième escale est à Lisbonne. Je revois volontiers la Byzance occi­dentale, que j'ai visitée il y a six ans et je la fais voir à mes compagnons. Quel beau panorama! La ville s'élève sur la rive droite du Tage. Au centre la ville basse où s'agite le commerce est resserrée dans un vallon. A l'est s'élève la vieille ville avec la cathédrale et le Castello; à l'ouest, la ville neuve sur le plateau du bon air (Buenos-Ayres).

Je salue de loin Cintra et son château féodal, Bélem (Belém), sa tour et son monastère, 67 une vraie dentelle de pierre.

Lisbonne a bâti de beaux quais où l'on aborde. Il n'y a décidément que la France qui retarde.

Nous descendons à terre. Je vais revoir la vieille cathédrale, on la restaure activement. Je vénère le sanctuaire de St-Antoine de Padoue. Un tour en tramway nous fait voir la place du Rocio et la belle avenue de la Liberté. Le musée du Carmo nous paraît assez pauvre. Nous dé­jeunons à l'hôtel de Paris, puis il faut repartir. 68

L'estuaire du Tage est majestueux. Camôens l'a poétisé, il en a invo­qué les muses:

«Et vous, Muses du Tage, aimables conseillères,

De mes premiers travaux, qu'en rimes familières

Je chantai tant de fois, donnez à mes accents

Le grand souffle d'Homère et les accords puissants,

L'image grandiose et le rythme sonore,

Qu'après qu'il a vibré, l'oreille écoute encore,

qu'on puisse dire un jour que de vos chastes eaux

Hippocrène est jalouse au fond de ses roseaux!».

(Traduction des Lusiades en vers français par de Cool, Rio de Janeiro 1876).

Tout cela est beau à lire pour ceux qui ne souffrent pas du roulis.

Quatre jours après Lisbonne c'est Dakar, la grande ville nègre, la capi­tale de nos colonies de l'ouest africain. 69

Il y a là 25.000 âmes, avec des spécimens de toutes les tribus, de toutes les races, de toutes les langues du Soudan. Il y a de beaux hommes, no­tamment les Ouolof (Wolof).

On y compte seulement deux mille chrétiens.

Le mahométisme gagne encore du terrain au Soudan, comme il en ga­gne en Asie, aux Indes et à Ceylon.

Reverrons-nous un nouvel assaut de Mahomet contre le Christ? L'Apocalypse semble le dire.

L'Etat français a construit une belle mosquée à Dakar et il a laissé tomber en ruines l'église catholique. Il a fallu l'abandonner et on fait le culte 70 dans la salle du Cercle catholique.

Ce sont les Pères du St-Esprit qui sont là. Ils espèrent rebâtir l'église. Nous sommes allés les voir et ils ont été fort aimables et fort hospitaliers. Mgr le vicaire apostolique était en France. Un des jeunes Pères a été l'élève du P. Bernard mon ancien condisciple. Les autres ont connu les Pères qui m'ont élevé à Rome. J'étais donc là en pays de connaissance.

Leur maison est commode avec une véranda au nord. Ils ont un grand jardin, avec un puits d'arrosage.

C'est qu'il fait chaud là-bas! C'était la fin de l'été, l'atmosphère était brûlante. Je n'ai pas eu aussi chaud 71 au Brésil. J'ai fait cependant une promenade dehors de 9h à 11h, avec mon parapluie sous le soleil. La réverbération est terrible, il faudrait ne sortir que le matin de bonne heu­re ou le soir.

Les rues ont été ravagées par des orages récents, c'est en effet la fin de la saison des pluies.

On construit un palais de plusieurs millions pour le gouverneur. Voilà de l'argent bien employé! C'est à cela que passent nos emprunts coloniaux. Les blancs ne sortent qu'avec le casque colonial.

Le village noir est curieux, huttes de terres ou de roseaux, couvertes de chaume de maïs 72 ou de palmes. Le ménage se fait devant la mai­son plus que dedans. Les costumes sont très sommaires.

On rencontre des baobabs, des cocotiers, des manguiers, des mimo­sas, des bananiers.

Le baobab est le roi des arbres. Il peut rivaliser avec les cèdres du Li­ban. On peut établir une maisonnette dans ses flancs.

Dans ce pauvre Sénégal chaque culture doit avoir ses puits. Il faut ar­roser le sol pendant neuf mois de l'année.

On cultive le mil, le riz, les arachides. Le mil, c'est le maïs; on fait le couscous, le mets arabe quotidien, avec 73 sa farine. Les graines de l'arachide se mangent fraîches ou grillées. On en tire aussi une huile douce.

Vers le port, belles avenues fleuries, des mimosas, des flamboyants, des lilas du tropique, des caïlcédrats, un grand arbre appelé l'acajou du Sénégal.

Un Père Blanc était là avec nous, prêt à partir le lendemain pour Tom­bouckou [Tombouctou]. Dakar a supplanté St-Louis. On y fait un beau port, protégé par des jetées. Des dragues sont en train de l'approfondir.

L'île de Gorée forme au dehors une seconde protection. Gorée est la vieille colonie bien bâtie, étagée sur ses rochers avec l'ancien palais du gouverneur. 74

St-Louis va décroître. On commence même un chemin de fer direct de pénétration de Dakar à Kayes pour ne plus tourner par St-Louis.

Je remontai au bateau l'après-midi. Un tas de négrillons sur des bar­ques et des pirogues presque hors d'usage, entouraient le bateau pour gagner quelques francs en amusant les passagers. Ils plongeaient, ils pas­saient sous le bateau pour rapporter entre leurs dents des pièces de mon­naie qu'on leur jetait.

Ce qui est étonnant, disait M. Durand, c'est qu'ils se baignent tout et qu'ils restent si noirs!

D'autres, des levantins sans doute et peut-être des juifs 75 venaient à bord nous vendre des photographies, des oiseaux bleus desséchés, des perruches vivantes, des singes, des dentelles faites aux îles Canaries.

Au retour, j'aurais bien acheté des souvenirs, mais j'allais au Brésil!

Nous passâmes la ligne [de l'équateur] le 11. Les brimades d'autrefois sont bien diminuées. Cependant les matelots s'amusent encore à dou­cher un des novices avec la pompe de nettoyage.

Les passagers se récréent entre eux. Messieurs et Dames s'aspergent d'eau de cologne. Le pont est animé, on rit, on court, on crie. Le menu du jour a des dragées de baptême. Les groupes se paient du cham­pagne. 76

Le 12, c'est fête à bord, fête de bienfaisance. Le pont est orné de dra­peaux, de flammes, de signaux, de feux électriques. On tire une loterie, on fait de la musique, on danse.

Nous avions la chance d'avoir d'excellents pianistes et violonistes. La loterie donne bien 2.000 fr. pour l'œuvre de l'orphelinat de la marine.

Il y a 600 passagers à bord. Ces bateaux ont environ 150 hommes d'équipage. Il y a une demi-douzaine d'officiers, des escouades de mate­lots, de chauffeurs, de cuisiniers, de camériers, de femmes de chambre. La plupart sont de Bordeaux ou de Marseille. Il y a de la tenue sur les ponts, mais dans 77 les soutes? Plusieurs officiers sont catholiques.

Il y a bien cent cinquante passagers de première. Quel groupe cosmo­polite! Beaucoup sont des Américains du Sud qui sont venus passer l'été en Europe et qui s'en retournent là-bas. Il y a des parvenus, des hommes d'affaires, quelques agents diplomatiques. Le Préfet apostolique du Loango s'en retourne à sa mission.

Les Portugais ne nous laissent pas une impression favorable. Ils sont prétentieux et gens d'appétit. Les desserts ont disparu de leur table, avant que le moment soit venu d'y toucher. Les Américains aiment les bijoux, les bagues à tous les doigts avec des pierreries. Les dames sou­rient volontiers pour laisser voir quelques dents en or. 78

Il y a peu de Français, quelques représentants de maisons industrielles françaises, même de St-Quentin (M. Dollé).

Tous les bateaux ont quelques juifs. Où n'y en a-t-il pas? Il y a de gros juifs, des banquiers (Loew) et de petits juifs (Rubens), des commis­voyageurs, qui vendent de tout, même des chasubles et des calices.

Un photographe français de Rio (M. Leterre) a un bébé intéressant (Dédé, le petit André) qui amuse tout le bateau.

Deux jeunes gens belges se rendent à l'exploitation Cibils à Corumbâ sur le Paraguay. Ils ont déjà travaillé dans des factories belges au Congo. J'aimais à causer du Congo avec eux. Ils en ont subi toutes les misères, la fièvre, l'hématurie, les sarnes (plaies aux jambes) etc. Ce 79 sont des gens de bon ton et conservateurs, avec qui l'on peut causer.

Le pont des troisièmes est rempli d'émigrants, Italiens, Galiciens, Portugais. Tout ce monde vit pèle-mèle et assez pauvrement. Ils chas­sent la tristesse en chantant et en dansant. Ils nous donnent le spectacle des danses populaires espagnoles, la gota, le fandango. La jeunesse s'en ti­re assez gracieusement. Il y a des accompagnements d'accordéon, de battements de mains, de chocs de cuillers sur les plats (quelle curieuse danse que la gota!). Elle peut être interprétée comme une mimique de l'amour honnête et de la préparation au mariage. Danseurs et danseuses se font face d'abord, s'apprêtant à s'unir, puis finalement forment des couples qui tournoient comme dans la valse. 80

On passe là des journées, il faut s'y faire. Les cabines ont 4 ou 5 lits. Elles reçoivent des corridors un air un peu nauséabond. Il y a des cabi­nes sur le pont, plus agréables mais plus chères.

Le régime est bon: petit déjeuner le matin, déjeuner à 10 heures, dîner à 4 heure pour le premier service. Le menu est celui des bons hô­tels. Dans les escales, on achète les produits du pays, des poissons frais, des fruits.

Il y a de plus un lunch à deux heures: bouillon, viande froide, riz, pa­tisseries, oranges, pastèques, un vrai petit repas.

On prend encore le thé le soir à 9.00 h ou 9,30 h, et il y a toute la jour­née de la limonade à la disposition des 81 passagers. On ne meurt pas de faim.

Les intellectuels ont un cabinet de lecture, avec des revues littéraires, des journaux de voyage et une bibliothèque de romans à louer.

Les autres vont jouer et se rafraîchir à la buvette.

C'est une vie facile pour qui n'est pas sensible au roulis.

Nous disions la messe chaque jour, au salon de musique le dimanche, à la cabine les autres jours. Une trentaine de passagers y assistaient le di­manche.

Il y a là comme partout une élite de braves gens.

Quelques-uns assistaient pieusement aux deux messes qui se succé­daient.

Pendant de longues heures, 82 on est étendu sur son fauteuil pliant et l'on songe. je songeais aux choses de Dieu.

L'Océan, pensais-je, est le cœur de la terre. Il en reçoit tous les fleu­ves avec leurs immondices et il retourne en pluie féconder toute la terre de ses eaux purifiées. Tel le cœur humain reçoit le sang des veines, le purifie dans les poumons et le renvoie par les artères pour qu'il entre­tienne dans tous les membres la force et la vie.

On peut y voir un symbole du Cœur de Jésus, qui reçoit tous les fleu­ves de nos péchés dans ses abîmes de réparation et d'expiation et qui nous renvoie tous les courants de la grâce pour distribuer à toutes les âmes 83 la vie spirituelle, la fécondité, la force et la joie.

Une autre fois, je voyais dans l'Océan le symbole d'une œuvre de mis­sions, qui accumule dans ses maisons de préparation des réserves de for­ce, de grâce, de science pour aller ensuite féconder des terres éloignées comme par des sources ou des pluies de grâces en distribuant les sacre­ments et la parole de Dieu.

Ces réflexions me font concevoir le projet, à réaliser plus tard, de faire et d'écrire une retraite sur les leçons de la mer.

Les dernières heures, on navigue à peu de distance de la côte. Nous apercevons l'entrée de la rivière Goyanna [Goiana], puis le rio Iguaras­sù [Igaraçu] 84 et l'intéressante île de Itamaraca, qui a de beaux champs de cannes et des usines et qui a été autrefois le siège de la domi­nation hollandaise au Brésil.

Plusieurs baleines montrent leur dos visqueux.

La mer est couverte de jangadas ou radeaux, sur lesquels nègres et mulâtres s'aventurent hardiment à la pêche.

Le radeau se compose de trois ou quatre poutres à peine reliées par des traverses.

L'une d'elles a un trou où se plante en long mât qui porte un voile triangulaire de coton.

Il y a un petit banc au pied du mât et même un tente-abri très élémentaire. Un clou fixé au mât permet de suspendre 85 le sac de farinha et la gourde de aguardente. La jangada est montée par 2 ou 3 hommes. Les vagues la couvrent souvent. Quand le vent la fait pencher, les hommes se suspendent de l'autre côté pour faire contrepoids. Ils nagent comme des poissons.

Et si le radeau chavire, ce qui est rare, ils remontent sur l'autre face et s'y établissent. Ils introduisent entre deux poutres une planche qui sert de quille et de timon. Ils arrachent le mât et le banc et les replacent sur la partie supérieure. C'est vraiment un radeau à deux faces.

Ces jangadas filent avec une rapidité étonnante, je l'ai 86 constaté; et il n'est pas rare dit-on, de les voir parcourir dix milles à l'heure. Elles sont gracieuses à voir, mais elles doivent être dures à monter. Les pêcheurs prennent beaucoup de poissons appelés cavallos, qui sont excellents. Nous arrivons. A droite s'élève la jolie ville d'Olinda sur ses collines; ses maisons sont semées au milieu des orangers; les forêts au loin présentent un grand mélange d'arbres divers et nouveaux pour nous; quelques cocotiers isolés balancent leur chevelure de palmes en haut de leur longue tige. Un grand palmier entre deux couvents qui cou­ronnent Olinda fait un effet pittoresque.

L'oeil suit à distance la longue 87 presqu'île de sable qui relie Olin­da à Recife, semblable à un long ruban blanc derrière lequel au loin les montagnes présentent des teintes graduées qui vont en s'atténuant de la base au sommet jusqu'à se confondre en une ligne imprécise avec le gris perle du ciel.

On distingue sur la péninsule les forts délabrés de Buraco (Buraco) et de Brum et sur le récif qui forme le port, le fort de Picâo au pied duquel la mer vient se heurter avec violence. Ce sont les anciennes défenses de Pernambuco.

Nous stoppons en dehors des récifs. Le port attend toujours les grands travaux qui le rendront 88 abordable aux paquebots.

Les officiers de la douane et de la santé viennent accomplir leur devoir à bord.

Chacun fait un bout de toilette, prépare ses valises et salue les amis d'occasion qu'il a formés dans la traversée et qu'il ne reverra sans doute jamais.

Deux barques d'amis viennent me chercher à bord. je ne m'attendais pas à cette démonstration. Il y a là tous nos Pères, le Dr Collier63), les dé­légués des Lazaristes, des Salésiens, des Frères Maristes. C'est une joyeu­se entrée, se manifestent la joie de la famille et la solidarité des œuvres.

Nous passons la barre et ses vagues. Nos barques à six rameurs filent rapidement.

Un des jeunes Pères a le 89 mal de mer.

Nous abordons à la petite place, la Lingueta. La douane est accommo­dante pour moi. Elle retient les caisses de mes compagnons.

Un rédacteur du Diario de Récife est là pour m'interviewer. Il veut an­noncer l'arrivée du Dr Dehon, le sociologue connu.

M. Collier me propose d'aller à pied à la gare pour prendre une pre­mière idée de Recife.

Les trois quartiers de Recife, la cité même de Recife sur la presqu'île, l'île de Santo Antonio entre les deux rivières, et Boa Vista sur le conti­nent présentent une division naturelle et commode pour se recon­naître. 90

Sur la petite place de la Lingueta, devant les cafés, se tiennent des né­gociants en costume européen. Ils causent affaires. C'est comme une bourse de commerce. Le quartier de Recife, le, plus ancien et le plus commerçant est aussi le plus mal bâti et le moins propre. Les fenêtres sont généralement grillées; les rues sont étroites. Les maisons ont de deux à quatre étages avec trois fenêtres en largeur. Elles sont construites en briques badigeonnées, à l'exception des jambages et moulures des portes et fenêtres qui sont en grès coquiller bien taillé.

Les boutiques sont assorties de marchandises anglaises; quelques nè­gres offrent des étoffes 91 et autres objets qu'ils portent sur la tête dans des corbeilles.

Un petit marché près d'une église offre à ma vue des morceaux de ra­cines de manioc, de bananes, ananas, cajous, mangues et oranges. Des marchandes mulâtresses ou noires, succinctement vêtues, quelques-unes la pipe à la bouche, préparent au coin des rues des ali­ments grossiers pour le peuple.

Des nègres, souvent accouplés, portent des fardeaux et s'animent par des chants monotones. J'en ai vu huit portant un piano ensemble sur leurs têtes.

Les femmes blanches sortent peu, mais elles regardent curieusement aux fenêtres. L'île de Santo Antonio 92 a des rues plus larges. C'est l'ancien quartier de Mauritz-stadt, tracé par Maurice de Nassau.

On y accède par un beau pont, qui avait jadis ses boutiques, comme les vieux ponts de Venise.

La ville avait moins de ponts qu'aujourd'hui. On y circulait beaucoup en barque et les maisons avaient leurs façades sur les rivières. C'était vraiment une sorte de Venise, et le nom de Venise brésilienne avait sa raison d'être.

Santo Antonio a un grand marché et des magasins de détail, librairies, marchands de vêtements, d'orfèvrerie, de comestibles où se vendent en­tre autres produits des fromages de 93 Hollande, des vins de Portugal et des biscuits anglais.

Il y a là le trésor provincial, la prison, le palais du gouverneur, ancien collège des jésuites.

La plupart des maisons de Santo Antonio n'ont qu'un rez de chaus­sée. Elles ont des fenêtres mais peu de vitres. Il y a des châssis qui se lè­vent à volonté.

Si l'oeil pénètre dans les maisons, on y voit peu de meubles, des nat­tes, des hamacs (rede) et quelques vases de terre. Souvent on voit les fem­mes occupées à faire de la dentelle. Cette industrie leur est venue de Madère.

Le quartier a de belles églises avec des clochers revêtus de faïences portugaises ou azulejos. 94

Il y a plusieurs couvents, notamment celui des capucins italiens.

Le quartier de Boa Vista est plus moderne. Il y des trottoirs, de riches habitations avec d'élégantes vérandas et des jardins luxuriants.

Le pont qui conduit de Santo Antonio à Boa Vista sert de promenade dans les soirées chaudes. Le panorama y est enchanteur. Au nord, c'est la ville et les pittoresques collines d'Olinda; au Sud, le rio Capibaribe, le quartier bas Afogados et l'océan. Les canots indigènes, pirogues condui­tes par des nègres et chargées de marchandises, se croisent avec les jan­gadas des pêcheurs.

Près du pont, nous prenons 95 le chemin de fer pour Vârzea. Le train oscille et se balance sur ses chaînes avec de brusques secousses. Les wagons sont mal attachés. La ville se prolonge indéfiniment par des mai­sons de campagne. Puis viennent les petites maisons des créoles et des nègres.

Nous traversons Iputinga et Caxangâ. A la brune nous arrivons à Vârzea.

Me voici chez nous. Le presbytère est beau. Il a un premier étage, ce qui est rare là-bas. Il s'élève sur la place communale en face la gare. Il y a en bas le parloir, des chambres et la salle à manger.

La cuisine, la salle de bains, etc. 96 sont sur le jardin.

Au parloir, des fauteuils-balançoires, c'est l'usage au Brésil. En se balançant on s'écoute et on a une impression de fraîcheur.

A la salle à manger, l'urne en terre poreuse. On boit souvent de l'eau dans la journée au Brésil. En la tirant de ces vases poreux, elle a deux ou trois degrés au-dessous de la température de l'air, c'est assez pour rafraîchir sans faire mal. Il y a partout de l'eau à boire, dans les salons, dans les gares, dans le vestibule des églises.

Le bain et la douche sont l'usage quotidien. Chaque maison un peu aisée a sa salle de bains.

Sur la cour, nous avons l'écurie, la basse-cour, une 97 maisonnette de bois pour les boys.

Le jardin a de beaux arbres: de larges manguiers, des cocotiers affilés, l'arbre à pain avec ses gros fruits, le caféier aux fleurs blanches et parfu­mées, le bananier et ses régimes, l'oranger, le papayer (mammon), et ses fruits digestifs, le sapoti qui donne une sorte de poire; le cajou, un bel ar­bre dont les fruits servent à faire des confitures, l'abakati, aux fruits doux comme du beurre; le jaka, dont les gros fruits pendent au tronc et aux branches maîtresses. La Providence savait bien que de pareils fruits suspendus au bout des branches tomberaient et casseraient le nez des passants.

Il y a aussi des castagnolas. 98 C'est un des beaux arbres du Brésil, un châtaigner souvent employé dans les avenues des villes. Il a toujours quelques feuilles rougies par le soleil qui sont comme des fleurs au milieu des feuilles vertes.

On me loge au premier, près de la salle commune qui est vaste et agréable. Il y a encore au premier quelques chambres et l'oratoire où je dirai habituellement la messe.

Le premier n'a pas de plafond, on a plus d'air sous les toits! Au-dessus des lits un baldaquin protège contre ce qui pourrait tomber d'en haut, insectes, excréments des chauves-souris, etc.

De ma fenêtre j'aperçois au loin la forêt vierge sur les collines qui bor­dent le Capibaribe. 99

Le 14, je me repose et je visite doucement Vârzea.

C'est une plaine, le nom même le dit. Quelques bonnes familles de Recife y ont leurs villas, d'autres préfèrent les collines.

On a tracé des rues droites, où l'herbe pousse. Les maisons n'ont qu'un rez-de-chaussée avec un jardin.

Sur la grand'place, il y a trois églises, la Matriz, l'église du Livramen­to et celle du Rosaire. C'est un souvenir du XVIIIe siècle. La Matriz était pour les hommes libres, le Livramento pour les affranchis, le Rosai­re pour l'Irmandade des nègres esclaves.

Le Livramento, c'est N.-D.-de-la-délivrance ou de la rédemption des esclaves. La fête est au 23 janvier, 100 sous les auspices de s. Ray­mond de Pennafort (Penafort), fondateur de l'Ordre de la Merci!

Aujourd'hui, la Matriz suffit comme église paroissiale; les deux autres ont la messe une fois l'an. Ce sont des églises du style baroque, comme presque toutes celles du Brésil. Les jésuites avaient adopté ce style avec tant d'ardeur!

Nos Pères ont restauré et repeint la Matriz. Une belle statue du Christ mort, en bois, est sous le maître-autel. Les autres autels ont des statues habillées, comme au Portugal. Des dames pieuses ornent les autels. Une salle d'œuvres est jointe à la sacristie, on y réunit la conférence de 101 St-Vincent-de-Paul et l'Apostolat de la prière.

De là je vais à l'asile. Il y a trois Soeurs de charité et 50 enfants bien tenus. Le jardin a une pompe d'arrosage. Au Brésil il faut arroser trois fois le jour pour avoir des légumes et des fleurs.

Plus loin que l'asile, c'est le cimetière. Il y a quelques tombes sous ar­cades, appelées catacombes. La plupart des sépultures n'ont qu'une croix de bois. Deux de nos Pères reposent là, Joseph Pergent et Bernar­din Johannes64).

Je prie sur leur tombe, j'ai la confiance qu'ils sont au ciel.

Ce cimetière a des arbres curieux qu'on appelle là-bas des Va­por, 102 quel peut bien être le nom scientifique? Les branches sont laiteuses. Les arbres sont couverts de fleurs et n'ont pas de feuilles.

On me sert aux repas les légumes du pays, les patates douces, les giri­mons au goût de carotte, les chou-chou (xuxu) petits concombres doux. L'après-midi, je vais visiter une maison de pauvres, longue case de bois à compartiments; peu de meubles, des nattes, des caisses de conser­ves, des vases de cuisine. Plusieurs générations logent là. Il y a une vieil­le presque centenaire.

Le soir, salut de la mémoire de N.-D.-des-7-douleurs. Pétards joyeux. Dans la soirée, plusieurs bons paroissiens viennent me voir: 103 M. d'Almeida, un aimable patron d'usine, M. Genesios, employé de ban­que, le Dr Rocha, un gros propriétaire.

Le 15, visites à Recife.

Le Vicaire général (Mgr Marcelino): grave, peu aimable, pas enthou­siaste du concours des étrangers.

M. Machado, le financier de la Compagnie industrielle pernambucai­ne, beau-frère de M. de Menezes65). Il ne parle pas français. Les affaires l'absorbent. Sa femme est de toutes les bonnes œuvres. Elle est comme l'évêque extérieur à Recife.

Le Dr Brito, Directeur de l'Usine de Goyanna [Goiana]: homme ai­mable, très ouvert, très versé dans les questions sociales. Il nous invite à aller à la fête de la Corporation à Goyanna [Goiana], nous irons. 104

Visite aux Pères Lazaristes. Gracieuse habitation avec de beaux ar­bres près de l'hôpital. Un d'eux est Hollandais et ami des nôtres. Le Pè­re Supérieur est au Brésil depuis trente ans. Les Lazaristes, venus les premiers avec les Soeurs de Charité ont eu une grande influence pour la rénovation du clergé par l'exemple, par les retraites, par les confessions.

Le soir, M. Collier vient de Camaragibe avec son fils, ses deux beaux­frères, fils de M. de Menezes et une députation de six ouvriers, membres de la corporation. Un d'eux fortement teinté de noir, employé du bu­reau, traduit mon Catéchisme social66) dans le journal de la Corporation: L'Uniâo operaria. 105

Le 16. C'est une belle fête de confrérie à la paroisse, fête de l'Irman­clade de Nossa Senora das dores: N.-D.-des-7-douleurs.

Je suis heureux de voir une fête brésilienne. La place est ornée de mâts et de guirlandes. Trois sociétés de musique prennent part à la fête: celle de Vârzea, une autre de Recife qui joue et chante à la tribune, et la banda de l'école de marine, avec ses gracieux costumes.

Les pétards et fusées égayent la fête avant la messe, au gloria, à l'élé­vation, après la messe.

Les enfants de choeur portent des soutanelles rouges sans manches, les bedeaux des soutanelles blanches. 106

L'après-midi, grande réception à Camaragibe. On vient nous cher­cher en voiture. La route impériale est large, passablement tenue avec quelques cahots. Le nom de fabrica est donné là-bas aux filatures, le nom d'usina aux sucreries. C'est l'inverse de chez nous. Les vieilles sucreries avec leur modeste outillage s'appellent engenho.

Camaragibe est un beau site. L'usine avec le village, les maisons de maîtres et les prairies occupent un vallon entouré de collines boisées. Deux grands bassins forment des réservoirs d'eau vers les bois.

Au couchant de l'usine est le village ouvrier: rues bien tracées et pro­pres, plantées de beaux 107 arbres. Maisons et magasins de la corpo­ration: boucherie, boulangerie, épicerie. Hôtelleries pour les célibatai­res.

L'aumônerie, belle maison à étage avec un horizon superbe. Jardin planté de bananiers, vignes, pastèques, etc. La musique ouvrière vient me saluer avec le conseil de l'apostolat de la prière et les enfants de Ma­rie. Discours. Je réponds en français et M. Collier traduit. Je rappelle à ces braves gens que leur usine et leurs œuvres sont recommandées aux prières au Val-des-Bois chaque semaine.

Le soir, dîner chez M. Collier. Les maisons de maîtres sont au levant de l'usine. Simple rez-de-chaussée. Un treillage 108 remplace le pla­fond, pour l'aération.

La chapelle est une salle de l'usine accommodée proprement. J'y don­ne la bénédiction.

Dîner soigné: batailles d'insectes autour des lampes; fruits du pays: saputi (sorte de poire), baba de coco; caju, petite pomme.

Un fait social bien notable à Camaragibe, c'est la Corporation. C'est l'œuvre de Mr. de Menezes, qui était justement épris de la démocratie chrétienne et qui a fait ce qu'il a pu pour la réaliser à Camaragibe. Voici ce qu'ont d'original les œuvres du Brésil, la corporation de Camaragibe et celles qui en dérivent à Goyanna [Goiana] et à Paulista. Les patrons ont formé avec les ouvriers une corporation, un syndicat mixte, 109 sous forme légale, non pas pour la direction de l'usine elle-même, mais pour l'administration des services annexes: culte, écoles, secours mutuels, coopérative, récréations, etc.

La corporation de chaque usine a ses statuts, dont voici les éléments principaux:

La caisse corporative est alimentée par une contribution patronale an­nuelle et par un apport des ouvriers.

A Camaragibe, les patrons (la société industrielle) donnent quinze con­tos, environ vingt mille francs par an. A Goyanna [Goiana] c'est dix con­tos.

Les ouvriers et employés abandonnent un demi-jour de salaire par mois, six jours sur trois cents, soit 2% ; et cela donne à peu près 110 la même somme que la contribution patronale.

La corporation de Camaragibe a de plus un fond de caisse, trente con­tos, donnés à l'origine par les patrons et qui sont placés en actions de l'usine.

Le Conseil d'administration de la Corporation a vingt membres: dix sont nommés par les ouvriers et dix par le Directeur, qui préside les réunions. Le Conseil de Goyanna [Goiana] n'a que dix membres.

Le Conseil a ses réunions mensuelles. Chaque année il vote son bud­get.

Il entretient le culte, les écoles, la police locale, les associations récréa­tives (club musical et dramatique), l'édilité et la salubrité dans la cité ou­vrière.

Le chapitre des secours 111 mutuels prévoit les soins médicaux, la pharmacie, les sépultures. On y voudrait joindre des retraites aux vieil­lards, des secours aux blessés, des indemnités aux malades.

La corporation administre aussi des magasins corporatifs, d'où elle tire un boni important. Les villageois non ouvriers peuvent acheter aux ma­gasins sans participer au boni.

A Goyanna [Goiana], on a préféré demander une remise à des maga­sins privilégiés. Voilà donc une véritable Corporation mixte, limitée, il est vrai, aux services annexes de l'usine. L'ouvrier développe son initiative. Il comprend l'utilité de tous ces services et le devoir qu'il a d'y contri­buer. 112

N'y a-t-il pas là une bonne formation démocratique!

Un fait tout particulier s'est produit près d'ici à l'usine Paulista. Cette usine dépend d'une société anonyme. Les gérants changent. Il s'est trouvé qu'on a nommé un gérant protestant. Comment sauvegarder le caractère catholique de la corporation? La société industrielle de Paulista a obvié au danger. Elle a abandonné toute l'administration de la Corpo­ration aux ouvriers, tout en continuant à leur donner la contribution pa­tronale annuelle. Les résultats sont favorables, les ouvriers maintiennent l'organisation catholique. Voilà des essais hardis de démocratie chré­tienne et les fruits en sont excellents. Le peuple ouvrier de 113 ces usi­nes est religieux, gai et sympathique. C'est la race portugaise un peu mêlée au sang noir et indien.

Les cités ouvrières de ces usines chrétiennes contrastent avec les villa­ges du pays. Elles ont un aspect gracieux et prospère. Les rues y sont propres, alignées et plantées de beaux arbres tropicaux. Des fontaines y sont ménagées.

Quand ces braves gens circulent en vêtements blancs ou pâles le di­manche, ils nous font penser aux processions d'antan.

La religion est toujours bienfaisante, elle sait donner à la vie sociale la paix et le bien-être.

(J'ai envoyé à la Chronique du Sud-Est67) ces notes que m'a inspirées ma conversation avec M. Collier). 114

L'usine de Camaragibe donne 8% à ses actionnaires. Quand elle a be­soin de crédit en banque, elle ne trouve à emprunter qu'à 10 %, c'est le taux au Brésil.

Le 17. J'ai visité l'usine de M. d'Almeida. C'est un tissage de bas et tricots de coton (fabrica de tecidos da malha).

Quelle bonne famille! mais il y manque des enfants. M. d'Almeida est chrétien, caractère ouvert, esprit actif et ingénieux. Il sait bien l'anglais. Dona Laura est pieuse et bonne. C'est une mère pour le presbytère. Elle a soigné nos malades avec dévouement. Elle est présidente des confréries paroissiales.

J'ai visité les salles d'usine: merveilleuses machines anglaises 115 et américaines. Les ouvriers ont de la tenue. Il y a beaucoup de femmes. Tout le monde est venu me baiser les mains.

Lunch dans la famille: fruits et gâteaux du pays, confitures et gelée de goyave, etc.

Le soir, je reçois la visite du Dr. Joâo Rocha, employé du fisc. Il a une jolie villa en face du presbytère.

M. d'Almeida trouve les ouvriers mous et inconstants. Ils apprennent le métier, puis ils quittent. La vie est trop facile au Brésil. L'ouvrier n'est stimulé ni par le besoin d'argent ni par le goût de l'épargne et de la richesse. M. d'Almeida ne connaît qu'un ou deux de ses ouvriers qui épargnent. 116

Le 18, visite solennelle à Iputinga, où la chapelle est desservie par le P. Graaf68). On me reçoit en triomphe, avec des fusées, des fleurs, des compliments. La petite chapelle est comble, les jeunes filles sont en blanc, les communions sont nombreuses. Une bonne famille offre le pe­tit déjeuner.

Le P. Graaf fait bâtir une belle chapelle. Elle s'achève. Elle coûtera 30.000 francs. Il s'est beaucoup remué pour trouver cela. L'après-midi, je visite un petite sucrerie, un engenho. Il y a un petit moteur à pétrole. Les cannes sont pressées entre deux rouleaux. Le jus est distillé par plusieurs ébullitions. On en tire la mélasse, le sucre 117 en briquettes, l'alcool.

On nous fait goûter de fins morceaux de cannes et du sucre. Nous étions arrivés après la fin du travail. On avait eu la gracieuseté de rallu­mer le moteur et de tout remettre en train pour nous faire voir le travail.

Le 19, je visite la chapelle de Caxangâ, qui rivalise avec Iputinga pour me recevoir avec solennité. Une brillante procession vient me chercher à la gare.

Il y a profusion de fusées et de fleurs, chant de cantiques, offrande de banquets. Je célèbre la messe et je distribue cinquante communions. Je m'essaie à répondre quelques phrases de portugais aux compliments qui me sont lus. 118

Le 20, départ pour Maceió. Chemin de fer de Recife à Uniâo. C'est une ligne anglaise, les trains y sont rares: deux exprès par semaine. Il faudra coucher en chemin à Uniâo, dans un presbytère qui ne m'attire pas. Voitures genre-tramway avec couloir au milieu. On y devient gris de poussière. Que serait-il s'il n'avait pas un peu plu pendant ces deux jours? Des mendiants, aveugles, estropiés à toutes les gares. Il faudrait porter un sac de sous.

Nous traversons le faubourg d'Afogados, une vraie cité lacustre, dont le nom veut dire les Noyés: maisonnettes de pêcheurs bâties sur les di­gues d'un marais salé. Les femmes vêtues de robes claires ont l'air endi­manchées. Plus loin, c'est Boa Viagem et 119 Prazeres (Plaisirs), bourgades aux noms gracieux, rendez-vous de campagne et de bains de mer. Ilhas, forêt de bambous. Cabo, collines boisées et prairies peuplées d'animaux.

Ipojuca, paroisse franciscaine.

Assu, rochers de granit. Frexeiras, arbres majestueux que les Brési­liens appellent leurs cèdres. Aripibu et Ribeiran, fabriques de sucre et cultures de cannes. Jaqueira, autre paroisse franciscaine. Colonia grand établissement salésien: des Pères sont venus nous saluer à la gare. Nous montons peu à peu pour franchir le versant qui sépare les deux Etats. A Quipapâ, nous sommes déjà à 427 m d'altitude. Les cultures changent. Nous traversons des champs de maïs et de coton. A Agua branca, 120 nous sommes à 563 m d'altitude. On cultive l'oranger.

A la gare de Serra, joyeuse surprise, bruyante démonstration. Le P. Ludvino69) est venu avec sa musique municipale, son chef politique et ses artificiers. La musique joue sans arrêt jusqu'à la gare suivante.

Le soir, il faut coucher à Uniâo. Le curé nous attendait. C'est un Ca­labrais, de Cosenza. Il a sa famille. La bourgade a 3000 âmes et l'ensem­ble de la paroisse 30.000. Le curé a trois chevaux à son service. C'est un homme pratique. Il a des épargnes, une ferme et 200 vaches. L'église est assez vaste. Les maisons sont des chaumières, bâties en terre et couver­tes de palmes. 121

Le 21 après avoir dit nos messes, nous partons de bon matin. Il fait frais. Il pleut un peu, nous aurons moins de poussière. Nous longeons les rapides du Canhoto. Le pays est beau, c'est un parc immense. Les forêts de palmiers et de bambous se succèdent, puis les lagunes nous annon­cent l'approche de la mer.

Nous sommes de bonne heure à Maceió, ville neuve, largement tra­cée, propre, chaude au milieu du jour. Les bons Frères de Marie (du P. Champagnat)70) nous donnent l'hospitalité. Ils sont en préparatifs de pre­mière communion. J'aurai un lit, le P. Graaf aura un hamac (rede). Beaux édifices publics, trésorerie, poste, tribunal.

Visite à l'Evêque, Mgr Antonio Brandâo. Il a son palais en face 122 la gare. Il nous reçoit aimablement. Il apprécie notre concours. Il me donne des pouvoirs pour confesser demain ses communautés.

Le 22, la matinée est fraîche. Nous disons la messe à l'église des Mar­tyrs. Toutes ces églises sont dans le genre portugais du XVIIIe siècle. Je visite les Soeurs du S.-Sacrement, beau pensionnat en haut de la ville, vue superbe. Les bonnes Soeurs ont payé leur acclimatation en perdant 5 ou 6 des leurs.

Les Soeurs de la Ste-Famille de Villefranche ont un pensionnat plus modeste. Des deux côtés, j'entends les confessions, comme un confes­seur extraordinaire.

Je visite aussi le séminaire qui est bien installé dans la 123 haute vil­le, mais médiocrement propre. Il y a deux professeurs italiens, cinquan­te élèves, y compris la classe préparatoire. Le séminaire donne un ou deux prêtres par an. Ce grand diocèse de 700.000 âmes compte 44 prê­tres! Aussi Mgr nous prie de lui en donner le plus possible.

Le 23, dimanche, je dis une messe pour le peuple. L'église est pleine. Je rencontre un bon prêtre de Rodez, qui est venu pour prendre l'aumô­nerie d'une usine des environs. Le patron, Van Desmet est de Wateren, près d'Hazebrouck. C'est encore une usine chrétienne avec des Soeurs de la Ste-Famille!

Van Desmet veut faire du caoutchouc. Il a, dit-on, planté déjà 400.000 manisoba, 124 une des plantes qui, avec le seringeira et le mangabeira, produisent au Brésil la fameuse gomme.

Nous arrivons à 11 heures à Lage. Grande réception. Musique et fu­sées à la gare. Je vais à l'église. Elle est comble. J'avance péniblement à travers tout ce peuple qui me baise les mains. Il y a là une foi simple et ardente quoique peu éclairée. De bonnes femmes ont un air illuminé en me baisant la main. C'est une grosse paroisse, qui peut avoir 30.000 âmes et qui est grande comme un diocèse. Il y a six chapelles. Les habi­tants sont des paysans très rustiques, des mattutos (homme des bois) illettrés, mais 125 robustes et travailleurs. Ils aiment le cheval et le mon­tent habilement. Il y a 1700 baptêmes par an, 200 mariages, 200 com­munions pascales et 1000 autres. On pourra obtenir beaucoup mieux que cela. Les écoles ne comptent pas 200 enfants et le catéchisme 20!

C'était la foire. Une foule de gens sont venus de loin à cheval. On vend des poteries vulgaires, des harnais, des nattes, des fruits, du ma­nioc, de la morue sèche (bacalâo).

Le chef politique, Barbosa, est à la tête de la démonstration. La musi­que vient jouer au presbytère: une quinzaine d'exécutants parmi lesquels des enfants.

L'institutrice vient aussi en visite 126 officielle. Il fait frais, 21°. La bourgade est sur le bord du torrent Canhoto. Les maisons sont bâties sur le roc, toujours en rez-de-chaussée. Il y a une longue rue d'assez bon aspect, puis des quartiers pauvres.

La grande église blanche manque de pierres d'autel. Elle a de bien pauvres ornements que nous remplacerons.

Le 24, voyage de retour. Les wagons à sièges cannés sont commodes dans ces pays chauds. Comme il y a peu de culture encore dans ces ré­gions montagneuses! Nous avons du retard, il y a eu hier un déraille­ment à Marayal. Après la vallée du Canhoto, c'est celle de l'Uva.

Nous rentrons le soir de ce long voyage qui paraît petit au Bré­sil. 127

Le 25 visite à Mgr.71) Accueil très affable. Entente pour nos œuvres. Mgr reçoit beaucoup. Il secourt bien des misères. Il nous montre son beau palais, son vaste jardin. Il a une autruche privée qui répond à son appel. Il fait des essais de culture d'un chanvre brésilien dont on espère des merveilles. Devant le palais se dressent de beaux palmiers royaux.

Visite aux Salésiens. Grand accueil: musique, allocution, baisement de mains. Les coopératives présidées par Mme Machado préparent une vente de charité dans les parloirs. C'est un superbe collège. Le P. Jor­dan, visiteur, ancien secrétaire de Don Bosco, rappelle aux jeunes gens que 128 le Saint lui a parlé de moi et de notre œuvre avec bienveillan­ce quand je l'ai visité à Paris72).

C'est à titre d'ami de Don Bosco que je suis accueilli avec tant d'en­train. Le Père vient dîner avec nous à Vârzea. Ils ont 21 maisons au Bré­sil et 104 dans l'Amérique du Sud. Il connaît bien le Brésil. Il en estime l'épiscopat. Il nous parle d'un saint Evêque Don Antonio, de Mariana (Minas Gerais).

Il y avait eu un curieux incident le matin. Le train était parti sans nous. M. d'Almeida l'avait fait rappeler par le chef de gare et il s'était arrêté pour nous attendre.

Le 26, visite à San Juan, propriété superbe, grande sucrerie, maison de maître 129 qu'on peut appeler un château.

Le castel s'élève sur une colline de 50 m. Le Dr Juan propriétaire nous en fait les honneurs. Belle vue jusqu'à la mer, jusqu'à Olinda; pièce d'eau, jardins soignés.

La maison fondée par le père du docteur est faite avec les plus beaux bois du Brésil, palissandre, acajou, bois de fer, amarello, etc.

Les dames de la famille ont tout le luxe des riches brésiliennes, le pince-nez d'or, les dents d'or pour remplacer celles qui manquent, la coiffure élégante.

Ces grands propriétaires sont comme la féodalité du Brésil.

Le 27, c'est fête à Camaragibe. Mgr y vient et baptise le dernier en­fant de M. Collier, Carlos Alberto. Il y a là plusieurs enfants. A Vârzea, il n'y a pas la même bénédiction, 130 chez le Dr Juan et chez M. D'Almeida, il n'y a pas d'enfants.

Mgr distribue des bonbons à tous les enfants des écoles dans de petits sacs faits d'écorce ou de liber (bois-dentelle).

Beau repas: fruits du pays, pinho, papayer. Toast aimable de Mgr.

Le 28, départ pour Goyanna [Goiana]. Chemin de fer. A midi, nous dînons avec nos provisions dans une petite gare où l'on ne trouve que de l'eau saumâtre. Là une voiture envoyée par le Dr Brito nous conduit pendant trois heures dans des chemins qui n'en sont guère. Pour les der­niers kilomètres, le Dr Brito est venu nous prendre avec un tramway spécial.

Longue route dans les bois, par 131 monts et par vaux. Il y a des cultures de cannes, de manioc, de coton, mais le plus souvent c'est la fo­rêt, dont les branches envahissent le chemin et nous caressent les oreil­les.

Nous entendrons souvent chanter le Sabiâ, sorte de sansonnet, que les Brésiliens comparent au rossignol. Mais combien il en est loin! Le Sabiâ a une voix assez pleine, mais il n'a qu'une ou deux phrases qui finissent par devenir monotones.

En approchant de l'usine, nous traversons ses belles plantations de cannes, dans lesquelles se jouent des volées d'oiseaux bleus.

Arrivée à l'usine. Petite chapelle modeste qui sera rebâtie. Visite rapi­de à l'usine. Elle a les 132 meilleurs appareils anglais et américains. Elle absorbe le travail de toute la région. Les petits engenhos voisins ne fa­briquent plus et lui envoient leurs cannes.

Le domaine de l'usine est immense. Il comprend cinq ou six vallées où des lignes ferrées, d'un développement du 32 kilomètres vont chercher les cannes. C'est un petit royaume.

Un train spécial nous conduit à Goyanna [Goiana], la seconde ville de l'Etat, une vieille ville qui meurt. Les chemins de fer de l'etat n'y pas­sent pas. Il y a neuf églises et un seul prêtre, le curé, qui dessert encore une paroisse rurale. Nous logeons au Carmo, un grand couvent un peu triste, qui a vu des temps scandaleux.

C'était vendredi. Le peuple 133 vient le soir baiser le pied de l'Ecce Homo. Les gens sont plus fidèles à cela qu'à la messe du dimanche. Les irmandades pullulent à Goyanna [Goiana]. Il y en a 15 à la parois­se. Elles ont chacune une fête annuelle. Plusieurs ont leur église propre.

Le 29, visites diverses.

Aux Soeurs de la Ste-Famille. Elles tiennent école et asile. Elles ont préparé une jolie séance, chants, dialogues en portugais et en français. Le Préfet, le juge, le délégué de police y assistent auprès de moi, avec quelques familles des élèves. Détail: une bonne porte sur les bras un joli petit singe habillé. Cela sert de poupée à un enfant.

Visite à l'hôpital de la Miséricorde, Santa Casa de misericordia. Au Bré­sil, 134 la Misericordia est une institution d'Etat. Elle a son budget, la dîme du budget des Etats, elle a ses hôpitaux qui recueillent les malades, les orphelins, les fous, les pauvres. Ces œuvres sont administrées par des commissions. Elles ont leurs aumôniers. Nous sommes aumôniers de la Misericordia à Goyanna [Goiana]. Nos Pères ont fait mettre des bancs commodes à la chapelle. Cela plaît au peuple, qui vient volontiers là le dimanche.

Je visite les malades, la sacristie.

La plupart des ornements sont mangés par les mites (Bichò, insectes). C'est un fléau du Brésil. Il y a quelques vieilles argenteries, de curieuses navettes en forme de caravelles, un grand ostensoir. Il y a aussi un tour pour les enfants trouvés73).

135

Janvier1 Voyage54
La liquidation continue2 Août57
Paris5 Départ59
Suisse8 Bordeaux60
Les Marches9 Le «Chili»61
Rome: nos affaires14 En mer62
La ville15 Escales65
Visites16 Dakar68
La lutte19 La Ligne75
2 Février22 136 Passagers76
Visites23 La vie à bord80
Travaux d'approche26 Réflexions81
Catacombes27 Arrivée83
Un décès28 Réception88
L'audience29 Recife89
Journées historiques32Varzea95
Carême34 Visites à Recife103
Anniversaire35 Fête des 7 Douleurs105
Action Sociale36 Camaragibe106
Attente38 Corporation108
Avril: Index39 Usine d'Almeida114
Audience40 Iputinga116
Retour43 Caxangá117
Mai46 Voyage à Maceio118
Punitions47 Maceio121
Juin48 S. José de Lage123
Grande nouvelle50 Mgr - Les Salésiens127
Juillet51 San Juan128
Nouvelle épreuve53 Baptême129
Goyanna [Goiana]130
Id. visites 133

1)
Le P. Kusters Mathieu-Gerlach, dehonien: cf. NQ, vol. 3, note 37, p. 469.
2)
Glod Sébastien-Gabriel, dehonien: cf. NQ, vol. 3, note 38, p. 460.
3)
Lemire Jules, cf. NQ, vol. 2, note 8, p. 615.
4)
Gayraud Hippolyte, cf. NQ, vol. 2, note 41, p. 637.
5)
Sangnier Marc, cf. NQ, vol. 3, note 13, p. 440.
6)
Montagnini (Carlo), prélat et diplomate romain dont le nom est lié aux vicissitudes de la séparation de l’Église et de l’État en France par le simple hasard de sa carrière. – Né à Casale Monferrato (province d’Alessandria) en 1863, d’un père boulanger. Ordonné prêtre en 1885, il étudie deux ans à l’Académie des nobles ecclésiastiques, où le Saint-Siège forme ses diplomates, et devient secrétai­re de nonciature à Munich (1892), Vienne (1893) et Paris (1898), puis auditeur de nonciature à Munich (1902) et Paris (1903), où il revient un mois avant la mort de Léon XIII. Carrière classique, avec pourtant un trait notable : elle se déroule dans trois des grandes nonciatures. Entre la France et le Saint-Siège, la situation est alors profondément dégradée. Le 4 août 1903, Pie X succède à Léon XIII. Le 30 juillet 1904, Delcassé, ministre des Affaires étrangères, fait signifier la fin de relations diplomatiques qu’il estime sans objet. Le Nonce, Mgr Benedetto Lorenzelli (1853-1915), quitte Paris : le Pape le nomme aussitôt archevêque de Lucques et le fait cardinal en 1907. Le Cardinal Merry del Val, secrétaire d’État, demande à Montagnini de rester sur place pour la garde des archives et le service du Saint-Siège : «Tâchez d’écouter beaucoup, de me rendre compte de tout et de parler peu». Le 11 déc. 1906, le gouvernement français fait opérer une perquisi­tion à l’hôtel de l’ancienne nonciature, saisir les documents postérieurs à la rup­ture – soit plus de 3 000 pièces -, remettre à l’ambassade d’Autriche-Hongrie les archives officielles antérieures à cette date, expulser l’auditeur le soir même, ouvrir une instruction judiciaire et nommer une commission d’enquête parle­mentaire (dont l’abbé Lemire sera l’un des vice-présidents). L’opposition proteste aussitôt contre cette «violation de l’immunité diplomati­que». Le gouvernement réplique que l’immunité cesse avec la fin des relations et que la présence à Paris de Montagnini est contraire aux usages diplomatiques. La polémique se développe : le prélat est accusé d’espionner les évêques, le clergé, les catholiques français, les hommes politiques, en même temps que d’avoir tra­vaillé à mettre en échec la majorité républicaine aux élections de 1906. On mur­mure que le gouvernement est déçu, n’ayant rien trouvé dans ces papiers, ou au contraire embarrassé par certaines pièces, et que, de toute façon, il n’osera pas les publier. Le 31 mars 1907, le Figaro jette les premiers documents à ses lecteurs, suivi par d’autres journaux pendant une quinzaine de jours. C’est comme une nouvelle Affaire des fiches, mais cette fois les catholiques français sont notés par un agent romain et non plus par les franc-maçons du ministère de la Guerre. La presse ajoute aux documents protestations et rectifications… L’épisode est révélateur du climat de l’époque : suspicions, dénonciations, polémiques à ras-de-terre, incompréhensions réciproques. Montagnini apparaît ici comme un exécutant dévoué, sans génie, mais aussi sans malice : témoin d’un état d’esprit et d’une mentalité. La Correspondance de Rome, publiée par Mgr Benigni de 1907 à 1912, a donné lieu aux mêmes types de réaction. Rentré à Rome, Montagnini sera occupé un temps à la Secrétairerie d’Etat et nommé cha­noine du Latran, puis délégué apostolique en Colombie en 1912 et archevêque titulaire de Larissa en mars 1913. Il mourra prématurément six mois plus tard, à Berlin, où il était soigné pour un cancer (CHAD).
7)
Dumay (Charles-Frédéric). Né à Paris, le 1er mai 1843, il y fit ses études, entra comme petit employé au ministère de l’Intérieur et fit tout d’abord de la littérature. Il publia coup sur coup en 1861 : A bas les calicots (contre les employés de commerce qui tentaient de se faire passer pour étudiants); M. Jules Baizef de Plume-patte, ou les étapes dune gloire calicotière; Piqûres d’épingles, satires, et Adeline, ou la jeunesse de Marco. Il devait, un peu plus tard et pendant quelques années encore, écrire des pièces de théâtre, seul ou en collaboration avec F. Oswald : Le puits de Cornac, drame (Paris, Château d’Eau, 14 avr. 1870); Du pain, s’il vous plaît (Paris, Cluny, 3 août 1872); Un beau dévouement, comédie (Paris, Vaudeville, 13 janv. 1875); Le fils légitime, 1878. Il était commis dans le service du contentieux des com­munes, républicain d’opinions et probablement franc-maçon, au moment de la chute de l’Empire. Il quitta ses manches de lustrine le 4 sept. 1870 pour devenir secrétaire du secrétaire général du ministère. En 1879, le conseiller Laferrière l’attacha à la Direction des Cultes comme chef de bureau, le fit passer chef de division en 1881 et, en 1887, M. Dumay obtint la Direction générale des cultes et fut nommé conseiller d’Etat en service extraordinaire. On était à la belle époque de la lutte contre le cléricalisme. Charles Dumay sut être à la hauteur de sa tâche. En fait, tour à tour bonasse, cauteleux et violent, il fit de son mieux pour rendre la vie impossible aux ministres de l’Eglise catholique. Chose étrange, lorsqu’il fut question d’abroger le Concordat, il s’éleva contre cette mesure et se posa en parti­san d’une collectivité qu’il craignait de ne plus pouvoir brimer à l’avenir. Il mou­rut peu après cet événement, fin oct. 1906 (DBF).
8)
Le journal de L. Veuillot.
9)
Merry del Val, Raphaël (tard.), cf. NQ, vol. 3, note 50, p. 462.
10)
Mgr Tiberghien : cf. NQ, vol. 2, note 36, p. 636. Mgr Glorieux: cf. NQ, vol. 2, note 24, p. 620. Pottier Antoine : cf. NQ, vol. 2, note 36, p. 623.
11)
Grosoli, Giovanni. – Comte, sénateur, né le 20.8.1859 à Carpi, décédé le 20.2.1937 à Assise. Engagé très jeune dans les œuvres catholiques qu’il développa à Ferrare où il vivait, en 1902 il fut appelé par Léon XIII pour présider l’Œuvre des Congrès à un moment particulièrement difficile à cause des excès de d. Romolo Murri et du modernisme qui faisait son apparition. Grosoli ne parvint pas à modérer les différents courants qui s’opposaient et, en 1904, il dut donner sa démission. Il se consacra donc à la presse catholique mais, dans ce domaine non plus, son œuvre ne reçut point d’approbation de la part du Saint-Siège et il dut s’en retirer. Le pape Benoît XV le mit à l’honneur en lui confiant – à lui et au marquis Crispolti ainsi qu’au comte Dalla Torre – la direction de l’Action Catholique ita­lienne et en retirant le désaveu infligé à l’ainsi dit «trust» des journaux catholiques qui s’appuyaient sur Grosoli (Avvenire d’Italia, Momento, Corriere d’Italia, Corriere di Sicilia, Italia). Après la première guerre mondiale, il se trouva parmi les fondateurs du Parti Populaire et à l’arrivée du fascisme, s’imaginant pouvoir concilier le mouvement catholique avec le régime, il oeuvra pour la formation du Centre national. Déçu dans ses espoirs, et lourdement frappé dans ses ressources matérielles à cause de la banqueroute des instituts financiers qu’il avait fondés, il passa les dernières années de sa vie dans la prière, en se cachant. Il était sénateur du Royaume d’Italie depuis le 3 octobre 1920 (EC).
12)
Œuvre des Congrès et des Comités catholiques en Italie. – Ce fut la principale organisation des catholiques italiens. Le Conseil supérieur de la jeunesse catholi­que italienne décida le 2 oct. 1870 de fonder une Œuvre pour rassembler toutes les forces catholiques, à l’exemple de la Belgique et de l’Allemagne. L’œuvre commença après le Ier Congrès catholique tenu à Venise (12-16 juin 1874) sous la présidence du duc Scipione Salviati di Roma, en commémoration du centenaire de la bataille de Lépante. C’est là que le Conseil supérieur de la Jeunesse catholi­que déclara devenir Comité permanent, préparant le Ile Congrès, tenu du 22 au 26 sept. 1875 à Fiesole et ayant pour but la constitution d’une œuvre stable, gou­vernée par un comité national. On y a prononcé pour la première fois la Déclaration des principes (sorte de profession de foi), rédigée par le baron Vito D’Ondes Reggio di Palermo, patriote, député au Parlement ayant démissionné de son poste le 20 sept. 1870. Le Comité permanent devint l’Œuvre des Congrès et organisa les 17 congrès catholiques italiens successifs qui interprétèrent et guidèrent la pensée et l’action des catholiques italiens pendant plus d’un quart de siè­cle (EC).
13)
Cf. G. Manzoni scj, Leone Dehon e il suo messaggio, o.c., pp. 401-404.
14)
Ferrata Domenico (tard.) : cf. NQ, vol. 2, note 10, pp. 630-631.
15)
Mathieu François-Désiré : cf. NQ, vol. 2, note 5, p. 661.
16)
Vives y Tuto Joseph Calasanz (tard.) : cf. NQ, vol. 2, note 16, p. 665.
17)
Eschbach Alphonse: cf. NQ, vol. 1, note 89, p. 508.
18)
Battandier (Mgr Albert), publiciste, né à S.-Félicien (Ardèche), le 11 avr. 1850, mort le 23 mai 1921. Fils d’un notaire de Satillieu, il entra au noviciat de la Compagnie de Jésus, puis au séminaire de Viviers, où il fut ordonné prêtre le 22 mai 1875. Au séminaire français de Rome, il passa ses doctorats en théologie et en droit canonique. Le Cardinal Pitra, évêque de Frascati, se l’attacha comme secré­taire, en fit son vicaire général et le garda près de lui quand il fut devenu évêque de Porto (1884) et sous-doyen du Sacré-Collège. L’abbé Battandier fut nommé camérier d’honneur, protonotaire apostolique et consulteur de la Congrégation des évêques et réguliers. Après la mort du Cardinal Pitra, il se fit son historien. Il commença la publication de l’Annuaire pontifical catholique en 1898, et le diri­gea pendant vingt-cinq ans. En 1908 il revint en France et s’installa à S.-Félicien, vivant dans une studieuse retraite. Mgr Battandier a publié en outre un Guide canonique pour les constitutions des soeurs à voeux simples et, en 1895 et 1896, les Annales romaines, destinées à continuer les Analecta juris pontificii (DBF).
19)
Mourey (Charles-Athanase), né à Lyon le 21 déc. 1831, mort à Rome le 22 févr. 1915. – Après un bref essai de vie religieuse dominicaine au couvent de Flavigny (prise d’habit : 7 avr. 1850), il entre au grand séminaire de Lyon et y poursuit sa formation cléricale jusqu’à l’été 1854, non sans d’assez notables inter­ruptions en raison de sa mauvaise santé. En relation avec quelques pères du tiers ordre dominicain enseignant, établi depuis 1852 par Lacordaire au collège d’Oullins, il demande (août 1854) à être admis dans le corps professoral, avec l’habit du tiers ordre enseignant, sans faire de noviciat. Lacordaire refuse, mais l’admet à faire son noviciat à Sorèze, où il prend l’habit le 15 oct. 1854. Ordonné prêtre à Albi le 22 mai 1855, il prend vite une place importante dans la direction du collège, captant de plus en plus la confiance de Lacordaire qui fait de lui son confesseur et son légataire universel (17 déc. 1860). Après la mort de Lacordaire, le 21 nov. 1861, le P. Mourey entre en conflit avec les supérieurs du Tiers Ordre enseignant et fait sécession le 21 févr. 1862. Avec les quelques collègues qu’il s’est ralliés, il institue alors la Congrégation de N.-D.-de-la-Paix et poursuit sous ce patronage la direction du collège dont il a «hérité». En 1875, il restitue la maison au tiers ordre enseignant en échange d’une rente particulièrement confortable. Après des études de droit canonique, il est nommé auditeur de Rote pour la France, le 30 juin 1879. Entretenant de bons rapports avec plusieurs hommes poli­tiques, Mgr Mourey est utilisé à plusieurs reprises par le gouvernement comme agent parallèle, doublant l’ambassadeur ou le nonce. Plusieurs fois aussi le bruit courut de sa prochaine élévation à l’épiscopat, voire au cardinalat (par ex. après la mort du card. Pitra, 1889) mais à chaque fois une presse hostile ne manquera pas de rappeler son comportement à Sorèze. Demeuré auditeur émérite après la réorganisation du Tribunal de la Rote en 1908, Mgr Mourey vécut à Rome jusqu’à sa mort (CHAD).
20)
Ledochowska (Marie-Thérèse), née à Loosdorf (Autriche) le 29 avr. 1863, décédée à Rome le 6 juill. 1922. D’une intelligence exceptionnelle, elle avait une excellente préparation littéraire et artistique. Appelée à la cour de Toscane, elle y resta 5 ans. En 1890, après l’appel du Card. Lavigerie «aux femmes chrétiennes», elle abandonne la cour en se consacrant à la lutte contre l’esclavage et en secou­rant les missions africaines. Très active, elle développa une propagande géniale pour informer l’opinion publique au sujet du problème de l’Afrique, en devançant les temps et en lançant hardiment des appels au monde entier. Elle fut précurseur de la presse indigène, en fondant (en 1888) une revue mis­sionnaire, Echo de l Afrique, publiée en plusieurs langues. Par la suite, elle y joignit un supplément pour la jeunesse : L’enfant noir, pour les différentes nations; tous les deux paraissent toujours dans une dizaine de langues. Elle implanta des impri­meries polyglottes – entièrement sous L. responsabilité des Soeurs de S.-Pierre­Claver – d’où sortirent des millions de petits ouvrages et de volumes en 140 lan­gues et dialectes africains; encouragea et subventionna l’implantation des impri­meries en terre de mission. Après avoir réuni autour de soi des collaboratrices cul­tivées et généreuses, elle paracheva avec expérience son initiative en donnant vie à une congrégation religieuse missionnaire (1894) d’une structure particulière «Société de S.-Pierre-Claver», dont elle fut la Supérieure Générale jusqu’à sa mort. Son procès de béatification est en cours.
21)
Une ville du Kenya, au bord de l’océan Indien d’où part une ligne des chemins de fer reliant le Nil avec les frontières orientales du Zaïre.
22)
Le Collège Romain, devenu par la suite l’Université Pontificale Grégo­rienne, fut fondé en 1551 par s. Ignace de Loyola. Au temps de Jules III, il avait le droit de conférer le doctorat en philosophie et en théologie, ayant les privilèges de toutes les autres universités. Plusieurs fois il changea de siège devenu trop exigu pour accueillir les élèves affluant de toutes parts de l’Europe. Grégoire XIII chargea donc Ammanati de construire un bâtiment approprié qui fut inauguré en 1584. En mémoire du Pape, le Collège Romain prit avec le temps le titre de l’Université Pontificale Grégorienne. Après 1870, le bâtiment de l’Université Grégorienne fut confisqué et devint l’actuel Lycée Visconti, avec, en annexe, l’ancienne Bibliothèque Nationale. Ce n’est qu’en 1930 qu’il obtint un nouveau siège à la Place della Pilotta.
23)
Freyd (Melchior), né en 1819 à Geipolsheim – Bas-Rhin, décédé en 1875 à Rome. Formé au Grand Séminaire de Strasbourg au temps où le vénérable Libermann y terminait ses études, il fut ordonné prêtre en 1844. En 1854 il entra dans la Congrégation du Saint-Esprit dont le Supérieur Général était, de 1848 à 1852, le vénérable Libermann (décédé le 2 févr. 1852). En septembre 1854, le P. Freyd fut nommé Supérieur du Séminaire français, fondé depuis peu (en 1853) et qu’il fallait renforcer. En 1856, il acquit le couvent de Sainte-Claire (dans la rue du même nom, au n. 42) et Pie IX y joignit en don le terrain où s’élevait ancien­nement l’église de Sainte-Claire, désormais en ruine. Elle fut reconstruite sur le modèle de Notre-Dame-des-Victoires, de Paris. En 1859, le P. Freyd démissionna et resta en France jusqu’en 1863, l’année où il reprit en main l’entière responsabi­lité du Séminaire français et en particulier de la formation des étudiants toujours plus nombreux. Il agrandit le séminaire, embellit l’église, accueillit plusieurs évê­ques à l’occasion du Centenaire du martyre des SS. Pierre et Paul et du Vatican 1. Le Séminaire français fut un centre des défenseurs de l’infaillibilité du pape. Le P. Freyd a eu rôle déterminant dans l’orientation spirituelle et sacerdotale de L. Dehon. Il mourut de pneumonie, le 6 mars 1875.
24)
Wyart Théophile-Sébastien, cf. NQ, vol. 2, note 20, p. 632.
25)
Le P. André Prévot, dehonien.
26)
Agliardi Antonio (card.) : cf. NQ, vol. 2, pp. 631-632.
27)
Bailly (Vincent de Paul), religieux et journaliste français (Berteaucourt les Thermes, Somme, 1832 – Paris 1912). Assomptionniste depuis 1860, il participe avec des volontaires de Nîmes à la défense de Rome en 1867, soutient en 1870­1871 le moral des prisonniers français en Allemagne. Après la guerre, il s’occupe d’œuvres ouvrières, de pèlerinages, et surtout de presse catholique populaire ; journaliste, puis directeur de la Bonne Presse, il fonde le Pèlerin en 1873, la Croix en 1880, revue mensuelle qu’il transforme en 1883 en quotidien à un sou ; il y applique les méthodes du journalisme moderne. Le gouvernement de Waldeck­Rousseau ayant contraint les assomptionnistes à se dissoudre, il doit, à la demande de Delcassé et sur l’intervention personnelle du pape Léon XIII, abandonner la direction de la Croix. Expulsé, il se réfugie en Hollande. Emmanuel, un de ses frè­res (Paris 1842 – +1917), entré comme lui dans la congrégation des Augustins de l’Assomption, en a été supérieur général de 1903 à 1917 (GL).
28)
Gasparri (Pietro), cardinal italien (Capovalloza de Ussita, prov. de Pérouse, 1852 – Rome 1934). Il fut délégué apostolique en Amérique du Sud, puis chargé par Pie X de préparer la codification du droit canon. Cardinal en 1907, il devint secrétaire d’Etat de Benoît XV (1914), puis de Pie XI (1922). Il participa au règle­ment des relations du Vatican avec les Etats formés après la Première Guerre mondiale, à la condamnation de l’Action française (1926) et à la conclusion des accords du Latran (1929) (GL).
29)
Piou (Jacques), homme politique français (Angers 1838 – Paris 1932). Député monarchiste de la Haute-Garonne (1885-1893), il se rallia à la République selon les conseils de Léon XIII (1891) et fonda la droite constitutionnelle. Réélu (1898-1902, 1906-1919), il lutta, auprès d’Albert de Mun, pour les idées libérales et chrétiennes. Il a laissé une histoire du «Ralliement» (1922) (GL).
30)
Sillon (Le), nom porté par une revue créée en 1894, et étendu à un mou­vement social d’inspiration chrétienne fondé par Marc Sangnier (cf. NQ, vol. 3, note 13, p. 440). En 1894, Paul Renaudin lance une petite revue, Le Sillon, qui, en 1899, se fond avec le Bulletin de la Crypte, dans lequel Marc Sangnier expri­mait son idéal de chrétien démocrate et social. Sous la direction de Sangnier (1902), le Sillon passe sur le plan politique et social, et devient l’organe du mouvement démocrate-chrétien, qui trouve nombre de partisans dans les milieux intellectuels et même dans le clergé (Democratie chrétienne). Sangnier ouvre des cercles d’études où se retrouvent employés, ouvriers et étudiants, qui s’intitulent sillonnistes; les vocations se multiplient dans le sens d’une éducation de la démocratie et du regroupement des forces sociales du christianisme. En 1904 est lancé l’hebdomadaire l’Eveil démocratique, qui tirera à 50.000 exemplai­res. Le Sillon apparaît dès lors comme le mouvement le plus vivant du catholi­cisme social, mais il est ambigu, car, d’abord mystique, il prend une forme de «démocratisme» que dénoncent ses nombreux ennemis et que finit par condamner Pie X dans une lettre aux évêques de France (25 août 1910) : le grief essentiel imputé au Sillon était de prétendre échapper à l’autorité ecclésiastique; de plus, on lui reprochait de fausses notions sur la justice, l’égalité, la dignité humaine. Le Sillon dut se dissoudre; Sangnier se soumit; ses disciples allaient être au premier rang du catholicisme social après la Première Guerre mondiale (GL).
31)
Giacomo Della Chiesa (Benoît XV) : cf. NQ, vol. 2, note 42, p. 638.
32)
Triebels (Jean, Willibrod) dehonien, né le 25.11.1870 à Amsterdam; profès le 8.9.1890 à Sittard; prêtre le 10.8.1896 à Luxembourg; supérieur de la maison de Louvain (1898-1902); Maître des novices à Bergen op Zoom (1903-1906); décédé le 12.2.1906 à Bergen op Zoom.
33)
Biederlack Joseph : cf. NQ, vol. 2, note 56, p. 640.
34)
Le tard. Serafino Vannutelli, secrétaire du Saint-Office (1903-1908), cf. NQ, 2, note 9, p. 615-616.
35)
Rampolla del Tindaro Mariano, (card.) : cf. NQ, vol. 2, note 4, p. 614.
36)
Merry del Val Raphaël, (card.) : cf. NQ, vol. 3, note 50, p. 462.
37)
Ferrata Domenico, (card.) : cf. NQ, vol. 2, note 10, pp. 630-631.
38)
Steinhuber Andreas, (card.) : cf. NQ, vol. 2, note 18, p. 632.
39)
Vives y Tuto Joseph Calasanz, (tard.) : cf. NQ, vol. 2, note 16, p. 665.
40)
Ligonnès (Charles du Pont de : 1845-1925), év. de Rodez (1906-1925). Gibier (Charles-Henri-Célestin: 1849-1931), év. de Versailles (1906-1931). Guillibert (Félix-Adolphe: 1842-1926), év. de Fréjus (1906-1926). Touzet (François-Marie: 1842-1911), év. de Aire sur Adour (1906-1911). Gieure (François-Xavier-Mariejules : 1851-1937), év. de Bayonne (1906-1933). Démiss.; arch. tit. de Cio (1934-1937).
41)
Mathieu François-Désiré (tard.) : cf. NQ, vol. 2, note 5, p. 661.
42)
Enard (Emile-Christophe : 1839-1907), év. de Cahors (1896-1906); arch. d’Auch (1906-1907).
43)
Marpot (César-Joseph : 1827-1898), év. de Saint-Cloud (1880-1898). S’agis­sant de 1906, le P. Dehon a dû le confondre avec un autre évêque.
44)
L’institut des Soeurs Missionnaires du Sacré-Cœur fut fondé par s. Françoise­Xavier Cabrini (1850-1917) en 1880 avec comme objectif l’assistance aux émigrés italiens en Amérique. Il fut canonisé par Pie XII le 7 juillet 1946.
45)
Radini Tedeschi Giacomo, évêque de Bergame : cf. NQ, vol. 2, note 37, p. 636.
46)
Kohl Hermann-Philippe, dehonien: cf. NQ, vol. 2, note 62, p. 670.
47)
Mulder (Jean-Cornelius) dehonien, né le 6.8.1868 à Amsterdam; profès le 26.9.1902 à Sittard; prêtre le 27.12.1904 à Louvain; missionnaire au Zaïre (1906­1924); décédé le 11.11.1925 à Rotterdam.
48)
Rezzara Niccolò : cf. NQ, vol. 2, note 53, pp. 639-640.
49)
Sorderini Edoardo: cf. NQ, vol. 2, note 39, p. 637.
50)
Sturzo (Luigi : chanoine), homme politique et sociologue italien (Caltagirone 1871 – Rome 1959). Prêtre (1894), il entra, dès 1896, dans le premier mouvement de la démocratie chrétienne; maire de Caltagirone (1905), secrétaire général du conseil directeur de l’Action catholique (1915-1917), il fonda, en 1919, le Parti populaire italien; opposé au fascisme, il quitta l’Italie (1924). Réfugié à Londres, puis à New York (1940), il reconstitua le Parti démocrate-chré­tien. Rentré en Italie (1946), il ne reprit pas la politique active, mais resta l’âme de la démocratie italienne; en 1953, il fut nommé sénateur à vie. On lui doit: Italy and Fascism (1926), Essai de sociologie (1935), Spiritual Problems of Our Times (1945), La vera vita, sociologia del soprannaturale (1947) (G.L).
51)
Mgr Deramecourt Augustin-Victor.
52)
Cf. G. Manzoni scj, Leone Dehon e il suo messaggio, o.c., p. 424.
53)
P. Barthélemy Dessons, dehonien: cf. NQ, vol. 1, note 95, p. 524.
54)
Reelick Jacques Willibrod, dehonien: cf. NQ, vol. 2, note 81, p. 645. Carton (Onesimus) dehonien: né le 9.5.1865 à Bantheville (Meuse); prêtre en 1890; profès le 29.4.1906 à Sittard; missionnaire au Zaïre (1906-1907); décédé le 14.6.1907 à Banalia (Zaïre). Gonthier (Paul-Théophane) dehonien: né à Roncy (Nord); profès le 21.10.1902 à Sittard; prêtre le 10.8.1905 à Luxembourg; missionnaire au Zaïre (1906-1923), au Cameroun (1924-1959); décédé le 20.12.1959 à Lille.
55)
Désaire Charles, cf. NQ, vol. 1, note 4, p. 511.
56)
Amette (Léon-Adolphe: 1850-1920), év. de Bayeux (1899-1906); arch. tit. de Sida et de Paris (1906-1908); arch. de Paris (1908-1920); card. le 27 janv. 1911.
57)
Cf. G. Manzoni scj, Leone Dehon e il suo messaggio, o.c., p. 425.
58)
Benzler (Charles-HenriJean-Willibrod : 1853-1921), év. de Metz (1901-1919), Démiss., arch. tit. d’Attalia (ler août 1919).
59)
Mechtilde du Saint-Sacrement, religieuse bénédictine, fondatrice de l’Institut des bénédictines de l’Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement (S.-Dié, 1614 – Paris, 1698). – Issue d’une famille bourgeoise, Catherine de Bar entra en religion sous le nom de Soeur Saint-Jean l’Evangéliste chez les Annonciades rouges de Bruyères (Vosges), en 1631, mais le couvent fut anéanti par la guerre en 1635. Elle passa donc en 1639 chez les bénédictines de Rambervillers, au diocèse de Toul, qui s’étaient soumises à la réforme vanniste. Elle y prit le nom de «Mectilde» – elle a toujours signé ainsi – et fit profession en 1640. Deux mois plus tard, les hostilités obligèrent ces religieuses lorraines à se réfugier à S.-Mihiel, puis à Montmartre (1641) où les accueillit Mme de Beauvilliers, à la Trinité de Caen (1643) et S.-Matir des Fossés (1643-1646). Après trois ans de supériorat à N.-D. de Bon-Secours, Caen (1647-1650), Mectilde revint comme prieure à Rambervillers, d’où les troupes de Charles IV de Lorraine contraignirent la communauté à un nouvel exode à Paris, rue du Bac. C’est là que mère Mectilde, avec le concours des mauristes de S.­Germain des Prés, créa le premier monastère de l’Institut de l’Adoration perpé­tuelle du Saint-Sacrement (14 août 1652), afin de réparer les insultes infligées à l’Eucharistie. Toutefois, la fondation définitive n’eut lieu que le 25 mars 1653. De la rue du Bac, les moniales émigrèrent rue Férou (1654), puis rue Cassette où le couvent fut inauguré en mars 1659. Mectilde avait bénéficié de l’appui d’Anne d’Autriche, de Marguerite de Lorraine, duchesse d’Orléans, et de nobles dames du royaume. Bientôt fut installé un monastère à Toul (1664) et furent agrégés ceux de Rambervillers (1666) et de Nancy (1669). De son vivant, la fondatrice implanta aussi une maison à Rouen (1677), un second monastère à Paris (1680) et les cou­vents de Varsovie (1687), de Châtillon sur Loing (1688) et de Dreux (1696). Formée par la Règle de saint Benoît, Mère Mectilde a su faire la synthèse entre l’esprit du Père des moines et le culte eucharistique de l’Eglise post-tridentine. Si le volontarisme canfeldien, qu’elle connut par le Père Chrysostome de Saint-Lô, le sens de l’anéantissement, corollaire normal de l’esprit d’adoration, qu’elle reçut de Jean de Bernières, le christocentrisme cher à l’Ecole française consti­tuent le fond de sa spiritualité, elle a su en faire la voie propre de ses Filles au service de l’Eglise. L’édition en cours de ses écrits remettra cette mystique à sa vraie place, l’une des premières, dans la galerie des grands spirituels du XVIIe s. En janvier 1977, les Bénédictines du Saint-Sacrement comptaient six fédéra­tions : fédération française : 350 moniales en 12 monastères; fédération hollandai­se : 7 monastères; fédération allemande : 8 monastères; fédération polonaise : 4 monastères; deux fédérations italiennes : 18 monastères, soit 1 750 moniales pour l’ensemble de l’Institut (CHAD).
60)
Mignot Eudoxe-Irénée-Edouard, arch. d’Albi., cf. NQ, vol. 1, note 5, p. 526. Le chanoine C.-A. Chédaille, curé de N.-D. de Chauny, vicaire de la Basilique de Saint-Quentin, de 1868 à 1877, supérieur du collège Saint-Charles de Chauny en 1877, chanoine honoraire en 1883. Elu curé de Saint-Gobain en 1883 et, ensuite, le 15 février 1895, de N.-D. de Chauny (SRSL (1895), p. 689), il y décède le 30 novembre 1914. Mgr Thibaudier confia au Rév. Chédaille la direction de la Semaine Religieuse de Soissons et Laon, en 1878.
61)
Déal Ange Joseph, dehonien: cf. NQ, vol. 1, note 66, p. 534. Cottard Paul-Marie, dehonien: cf. NQ, vol. 1, note 73, p. 517. Roblot Paul-Alfred, dehonien: cf. NQ, vol. 3, note 42, p. 461. Boesten (Mathieu, Placide), né le 24.10.1876 à Spaubeek (Pays-Bas); profès le 24.9.1899 à Sittard; prêtre le 28.5.1904 à Malines; missionnaire au Brésil du Nord (1906-1962); décédé le 21.5.1962 à Vàrzea (Brésil).
62)
Bougouin Henri, cf. NQ, vol. 1, note 22, pp. 549-550.
63)
Pierre Collier, gendre du docteur Carlos Alberto de Menezes, dont il avait épousé la fille aînée, Marie Adeline. A la mort de M. de Menezes, le fer novembre 1904, il devient directeur de l’usine de Camaragibe.
64)
Pergent Alfred-M. J., dehonien, cf. NQ, vol. 3, note 9, p. 463. Johannes (Guillaume Bernardin) dehonien: né le 6.1.1877 à Eischen (Luxembourg); profès le 18.9.1897 à Sittard; prêtre le 10.8.1903 à Luxembourg; missionnaire au Brésil du Nord (1904); décédé le 14.11.1904 à Vàrzea (Brésil).
65)
Carlo Alberto de Menezes, cf. NQ, vol. 3, note 10, p. 439.
66)
Catéchisme social publié par le P. Dehon en 1899. Cf. G. Manzoni scj, Leone Dehon e il suo messaggio, o.c., pp. 393-394.
67)
La Chronique du Sud-Est fut fondée à Lyon par V. Berne et M. Gouin, en 1892. En 1909 elle devint La Chronique des comités du Sud-Est. Elle s’adressait comme publication méthodologique, aux propagandistes de La Croix de Paris et de La Croix de diverses régions; mais attribuait aussi une large place aux questions sociales, avec la collaboration de L. Harmel, de L. Dehon et d’autres. En 1895 eut lieu la rupture avec La Croix de Lyon. La Chronique… mit plus d’accent sur l’orien­tation sociale pratique, en accordant nue grande importance à la doctrine sociale, en particulier sous l’impulsion du P. Dehon. Elle s’ouvrit aux questions internatio­nales grâce à la collaboration des correspondants étrangers et publia une impor­tante correspondance romaine. En 1907 elle devint La Chronique du Sud-Est, avec la diffusion nationale. Elle fusionna alors avec La Démocratie chrétienne et avec la Source, une revue d’action sociale, de Rouen. Elle interrompit sa parution entre août 1916 et janvier 1919. Après 1940, elle devint La Chronique sociale, paraissant tous les deux mois sous la forme de numéros spéciaux. Pour l’article dont parle le P. Dehon, cf. OS, vol. 1, pp. 662-664.
68)
Graaf Jean-Pierre, dehonien: cf. NQ, vol. 3, note 43, p. 461.
69)
Richters (Ludwinus Gérard) dehonien, né le 16.6.1867 à Schiedam (Pays­-Bas); profès le 13.9.1892 à Sittard; prêtre le 10.8.1896 à Luxembourg; missionnai­re au Brésil du Nord (1896-1907); décédé le 1.4.1948 à Dongen (Pays-Bas).
70)
Il s’agit des Frères Maristes des Ecoles ou des Petits Frères de Marie, fondés par le bienheureux Marcellino G.B. Champagnat, le 2 janvier 1812. C’est une congré­gation laïque de droit pontifical.
71)
Mgr Luiz Raimundo da Silva Brito, év. d’Olinda et de Recife (1901-1915).
72)
La rencontre eut lieu en mai 1883. Don Bosco dit au P. Dehon, d’un ton sûr: «La vôtre est certainement une œuvre de Dieu» (cf. G. Manzoni scj, Leone Dehon e il suo messaggio, o.c., p. 282).
73)
Ainsi se termine le XXe cahier du Journal du P. Dehon. Après son voyage en Amérique Latine (cf. les cahiers XXI- XXII» et XXIIF), le P. Dehon publia un livre sous le titre : Mille lieues dans l’Amérique du Sud : Brésil, Uruguay, Argentine. Casterman, Tournai 1908 (?), 288 p. Ce livre a été traduit en italien par le P. Luigi Giovannini, sous le titre Mille leghe nell’America del Sud : Brasile, Uruguay, Argentina. Ed. Paoline, Torino 1990, 454 p. C’est une édition de valeur, aussi à cause de nombreuses notes d’explication, le traducteur ayant à sa disposition tous les ouvrages publiés sur le P. Dehon et le précieux opuscule du P. Polman, dehonien, sur la Province du Brésil du Nord, intitulé Missào de esperança.
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