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DISCOURS

SUR L'HISTOIRE LOCALE
DE SAINT-QUENTIN

1887

Discours sur
l'histoire locale
de Saint-Quentin

MONSEIGNEUR,

MESSIEURS,

MES CHERS ENFANTS,

J'ai lu dans la vie du cardinal Pie, qu'en épousant l'église de Poitiers, il en avait épousé toute la parenté. Il se mit à étudier l'histoire de son diocèse, à s'informer de ses gloires, de ses traditions, de ses souvenirs, de ses coutumes, pour devenir, comme il a dit plusieurs fois, plus Poitevin que les Poitevins eux-mêmes.

Je fis ainsi quand je devins Saint-Quentinois, il y a seize ans. Je m'at­tachai avec une affection filiale à notre belle Basilique, dont le passé et les souvenirs ont fait comme un sanctuaire national et même comme un coin du ciel. J'aimai à Saint-Quentin le parfum de piété d'une partie de la paroisse, l'esprit ouvert, le cœur généreux, l'activité des habitants, leur patriotisme et une certaine fierté et indépendance de caractère qui est un fruit des vieilles libertés communales. J'étudiai l'histoire de la vil­le, et il me semble que j'acquis ainsi peu à peu la naturalisation de l'esprit et du cœur qui vaut bien celle que donnent les lois.

Pourquoi cette histoire locale, qui est si propre à entretenir l'amour de la religion et de la patrie, n'est-elle pas dans les programmes d'enseigne­ment?

Je voudrais que chaque ville possédât la sienne et que ce fût un des premiers livres de lecture des petits enfants.

Permettez-moi, chers enfants, de vous donner aujourd'hui une leçon abrégée de l'histoire locale de Saint-Quentin. Nous avons traité les années précédentes de l'histoire générale et de la géographie; ce sera une application des enseignements précédents. Nous y trouverons, j'espère, plus d'une occasion de réveiller en nos cœurs et l'ardeur de la foi et l'amour de la France.

Saint Philippe de Neri, pour enseigner aux jeunes gens de Rome les grandeurs et les amabilités de l'Eglise, les rangeait en haut du Janicule sur un amphithéâtre qui regardait la grande cité romaine. Je voudrais aujourd'hui, pour cette leçon, vous voir assis sur les dernières pentes de la colline de Tout-Vent, au-delà de notre rivière de Somme, en face de la ville que couronne si dignement sa royale basilique.

Allons-y, si vous le voulez bien, par l'imagination, et laissons, comme en un panorama, l'histoire de la ville se dérouler rapidement sous nos yeux.

Remontons jusqu'aux temps préhistoriques. Voyez à vos pieds ces vastes étangs avec leurs îlots, et en face de vous cette colline où se mêlent le chêne et le hêtre. Ce site était bien tentant pour nos premiers aïeux, les Celtes, qui devaient trouver là leur nourriture assurée par la pêche dans la rivière de Somme et la chasse dans la forêt. Voyez-les dresser dans les îles et sur les rives leurs cabanes rondes, bâties en bois et en ar­gile, et couvertes en chaume. Ils poursuivent avec leurs projectiles en si­lex l'aurochs et le cerf aux grands bois.

Le sommet qui se dresse là devient bientôt un lieu sacré; ses chênes épais se prêtent au mystère. Les prêtres de la nation, les Druides, y font dresser quelques menhirs, une couronne de pierres sacrées comme le cercle des Hautes-Bornes dont on retrouve encore les traces aux sources de l'Escaut.

Plus tard, des bandes guerrières passent; elles sont la force, il faut les subir. Elles laissent des colons qui s'imposent à la population. Ce sont les Kymris grands et blonds, dont la race restera mêlée pour toujours à celle des Celtes noirs et trapus. L'oppidum grandit et s'organise. Les guerriers forment une caste distincte de celles des prêtres et du peuple.

Les Druides sur leur colline mystérieuse sont les gardiens de la science et du droit; ils rendent la justice, ils apprennent aux jeunes gens à redire dans leurs chants la doctrine des ancêtres. Ce peuple croit à l'immortali­té de l'âme; il respecte la mort et vénère les tombeaux. Voyez-les cou­cher leurs morts dans leurs sépulcres de pierre. Le mort a ses vêtements de fête ou de combat. Il a ses armes défensives à la ceinture: le scramasa­xe, la framée, la francisque, l'épée à la main, la lance étendue à sa droi­te. Des vases de terre grise ou noire sont à ses pieds.

Voyez-vous, à certains jours, l'agitation sur la colline où la cité se por­te en foule. C'est le sacrifice offert au Tout-Puissant pour l'apaiser avant la bataille à livrer à la tribu voisine. Mais ce sacrifice révolte vos yeux. Son aspect est horrible; c'est une innocente victime, une jeune fille, le plus souvent, qui est livrée à la mort par la superstition.

Mais voici d'autres temps. Regardez: La cité se remplit de guerriers; ils arrivent en masses pressées par les chemins qui viennent de chez les Morins, les Nerviens et les Atrébates. Quel aspect redoutable a cette ar­mée gauloise! Ces cavaliers de haute taille ont un air farouche: leur lon­gue barbe tombe en nattes tressées; leurs cheveux flottent au vent; ils portent la lance à la main droite et l'écu au bras gauche. L'émoi est pro­fond et la colère sombre. Qu'est-ce donc qui a provoqué ce rassemble­ment?

Ah! c'est que la grande et belle région des Gaules, qui s'étend des Py­rénées au Rhin, et des Alpes à l'Océan, avec ses forêts, ses plaines ferti­les, ses vignes, la douceur de son climat, l'excellence de ses eaux minera­les et la fécondité de son sol, a tenté le peuple conquérant, le peuple ro­main.

César s'est avancé jusqu'à Reims. Il menace le Vermandois. Il ambi­tionne l'honneur de battre les vaillantes tribus des Belges et des Morins dont les jeunes et intrépides essaims conduits par Bellovese et Ségovèse ont naguère porté l'effroi jusqu'au Danube, au Pô et à l'Ebre.

Nos tribus réunies s'en vont vers Reims, elles s'avancent vers l'enva­hisseur. C'est une belle et fière armée. Les Vermandois à eux seuls ont fourni dix mille hommes et des plus braves. Mais quelques semaines plus tard, nous ne voyons revenir que des hommes épars, épuisés ou blessés. Ils ont rencontré les Romains dans la vallée de l'Aisne. Ils ont voulu couper les communications de César avec Reims, mais ils ont été surpris dans l'embarras du passage de la rivière. Le carnage a été grand; ils sont vaincus, mais non découragés.

C'était la seconde année de la guerre des Gaules. Six ans plus tard, les mêmes tribus croient pouvoir soutenir de nouveau la lutte; mais César a déjà gagné du terrain. Nous le voyons passer la Somme avec sa brillante armée encouragée par le succès.

Les Vermandois, les Nerviens et les Belges se sont retranchés derrière la Sambre. Ils sont en nombre et ils se battent avec l'énergie du désespoir. «Rien ne semblait au-dessus de leur courage», dit leur vain­queur lui-même. Un moment la fortune de César est sur le point de som­brer; mais, grâce à ses réserves, il reprend le dessus; les Gaulois se font tuer jusqu'au dernier, et soixante mille cadavres couvrent le champ de bataille.

On peut regretter que César ne nous,ait pas laissé le nom du chef de ces illustres vaincus dont nous sommes fiers d'être les descendants. Le Vermandois aurait sans doute élevé déjà un monument au guerrier qui dirigea la lutte pour son indépendance. Je saluerais volontiers cette sta­tue comme j'ai salué avec une émotion patriotique celle de Vercingéto­rix, au Mont-Auxois, en Bourgogne, et celle d'Ambiorix à Tongres.

Après cette lutte définitive, notre région est conquise. L'oppidum cel­tique des bords de la Somme reçoit une organisation romaine.

Je suis fier de l'énergie patriotique des Celtes nos aïeux, mais je ne sais pas haïr les Romains qui sont devenus aussi nos ancêtres. La Gaule ne devait pas rester celtique, son sang devait s'enrichir de celui des Ro­mains et des Francs. Les qualités diverses de ces natures si différentes devaient, dans les desseins de la Providence, former le trésor de notre ra­ce. Dieu voulait nous donner, avec la vigueur des Celtes, la culture des Romains et le joyeux entrain des Francs.

Quelques années après, ce n'est plus la bourgade celtique, c'est la ca­pitale romaine du Vermandois, l'Augusta Veromanduorum que vous avez sous les yeux. Le chef de l'empire donne son nom aux principales cités gauloises.

Voyez Augusta. Comme Lutèce sur la Seine, elle s'étend dans les îles et sur les bords de la rivière. La forêt perd une partie de son domaine. Les humbles chaumières celtiques cèdent la place aux riches habitations romaines bâties de larges briques, couvertes de tuiles cannelées et ornées de peintures et de marbres. Les rues s'alignent.

Voyez ces longues voies qui montent de la rivière au sommet. Elles se perpétueront à travers vingt siècles. On les retrouve aujourd'hui sous d'autres noms. Bientôt des édifices de tout genre viennent couronner la cité et encadrer son forum. C'est le palais de la curie, ce sont les temples d'Auguste et de Rome avec leurs colonnades et leurs portiques.

On en retrouvera les débris sous le sol, après dix-huit siècles, non loin de cette salle, d'où l'imagination nous a éloignés pour un instant.

Sur la colline sacrée, le culte de Jupiter et d'Apollon a remplacé celui du dieu des Druides. Une station militaire y est établie. Des travaux donnent au sommet de la colline cette forme de camp romain qu'il a gar­dée, malgré les remaniements du moyen-âge.

Des routes sillonnent la région. On en compte jusqu'à huit qui abou­tissent à Augusta et douze avec les vieux chemins gaulois.

La prospérité d'Augusta grandit avec le règne paisible des Antonins. La cité inaugure ses grandes destinées industrielles, en confectionnant des saies ou blouses de laine qui servent à l'habillement du soldat ou de l'homme du peuple.

Le IIe siècle nous offre un épisode sinistre. C'est une invasion rapide, mais sanglante, qui prélude à celle des siècles suivants. Les Germains aux mœurs farouches, coiffés de casques et revêtus de cuirasses, font ré­gner le pillage et l'effroi dans la région; mais deux ans après, l'empereur Probus rétablit heureusement l'ordre et la paix.

C'est le moment où un messager du représentant de Dieu sur la terre va venir apporter à nos aïeux la foi et avec elle la source de la plus pure civilisation. Voyez-le s'avancer avec la dignité d'un ange sur la voie qui nous vient d'Amiens. Il vient prêcher le Christ aux habitants d'Augusta. C'est un noble Romain, le fils du sénateur Zénon, l'illustre Quentin. Il reviendra bientôt après arroser de son sang la semence qu'il a jetée.

Des édits tyranniques ont été lancés. Le préfet de la province joint la haine du bien au désir des faveurs impériales. Il a fait arrêter à Amiens le jeune apôtre. Il a essayé d'abord de l'intimider. «Comment se peut-il, lui a-t-il dit, qu'issu d'une si noble famille, tu te sois livré à la supersti­tion et que tu adores un crucifié. Laisse cette folie et sacrifie aux dieux, sinon je te livre au bourreau».

Quentin avait répondu avec une noble fierté: «Je ne crains pas tes sup­plices. Mon corps est entre tes mains, mais mon âme est à Dieu seul qui me l'a donnée».

Le préfet amène son noble prisonnier à la capitale du Vermandois. Voyez le jeune apôtre arrivant par la voie d'Amiens, pressé et outragé par ses odieux bourreaux. Il subit la prison, il est interrogé à la curie, il est torturé de toutes manières. Les gardes et les témoins se laissent ga­gner à la foi. Le préfet exaspéré le fait conduire sur la colline auprès du temple de Jupiter et et d'Apollon. Il lui demande encore là de sacrifier aux dieux et, sur son refus courageux, il le livre au bourreau pour qu'il ait la tête tranchée. Puis il fait jeter son corps dans la Somme, au pied de cet amphithéâtre que notre imagination a élevé.

Cet évènement capital dans l'histoire de notre ville se passait au 31 Octobre d'une des dernières années du IIIe siècle ou des premières du Ive.

Saluons pieusement les restes du héros chrétien. Sa mort précieuse est l'aurore de toutes les gloires de la cité. C'est le nœud dé son histoire et le principe de toutes ses grandeurs.

La ville doit tout à son Martyr, ses vieilles institutions chrétiennes, sa grande population attirée par la piété autour de son tombeau, ses monu­ments, sa basilique surtout, ses franchises elles-mêmes, dont la charte est marquée du signe de la croix; tout, jusqu'à son nom.

Aussi, lorsqu'un historien laisse percer dans ses pages quelque vague regret de la doctrine des druides ou de la civilisation dépravée des ro­mains, j'en suis attristé, et si cet historien est Saint-Quentinois j'en souf­fre comme on souffre lorsqu'on est témoin d'un trait d'ingratitude filia­le.

Assistons, quelques années plus tard, à la découverte miraculeuse du corps sacré de Saint Quentin par une noble matrone romaine. Parta­geons l'émotion des assistants; suivons des yeux ces reliques qui mar­quent elles-mêmes, par un signe miraculeux, le lieu où elles doivent être honorées. Réjouissons-nous de voir un premier sanctuaire s'élever en l'honneur du Martyr, sur la colline, auprès du temple païen délaissé. La ville chrétienne est née de ce jour-la.

La petite communauté chrétienne ne tarde pas à élire un évêque. C'est Hilaire d'abord, vers l'an 360. Martin lui succède, puis Germain, puis Maxime. Vous reconnaissez les noms chers à nos premiers siècles. La ville est bientôt toute chrétienne. Le sang de Quentin porte ses fruits.

L'évêque devient le protecteur et comme le premier magistrat de la cité. Les temples devenus inutiles sont détruits. Le sanctuaire du Martyr in­suffisant pour abriter la petite chrétienté et les pèlerins qui viennent de loin, est plusieurs fois agrandi.

L'évêché a ses écoles. Nous ne sommes plus en effet chez des peupla­des barbares, mais au milieu d'une société toute imprégnée de la civilisa­tion romaine. C'est le grand siècle des docteurs, des Augustin, des Am­broise, des Jérôme.

Dès le milieu du Ve siècle, Augusta a des écoles célèbres qui reçoivent encore de l'évêque Alomer un développement dont la tradition a gardé le souvenir.;

Saint Médard, dont la science n'était pas commune, et saint Eleuthè­re, évêque de Tournai, sont des élèves de l'école épiscopale d'Augusta. Mais quel triste spectacle en l'an 407! Ce sont des masses barbares qui viennent de la Germanie et qui passent en ruinant tout. Ce sont des Suè­ves, des Alains, des Vandales, hommes armés, femmes, enfants, trou­peaux. C'est un torrent qui détruit sans rien épargner.

En 451, cet effroyable fléau se renouvelle; c'est Attila avec ses hordes. Les évêques s'interposent, ils adoucissent les barbares, ils consolent et relèvent les populations. La cité répare ses pertes.

Voici maintenant le VIe siècle. En 530, ce sont de nouveaux ravages causés par la guerre des rois francs. Clotaire Ier est en lutte avec Thierry d'Austrasie, il saccage le pays d'Augusta. C'est alors que l'évêque saint Médard transporte le siège épiscopal à Noyon. Il sera là plus en sûreté, plus loin des frontières, plus près de la ville royale de Soissons.

La ville se relève, mais elle éprouvera toujours le regret de l'absence de ses évêques.

Le chef de la communauté monastique formée autour du tombeau vé­néré du Martyr gardera la juridiction pro-épiscopale sur la ville. Chaque évêque de Noyon, viendra, au lendemain de son sacre, vene­rer le Martyr qui est la gloire de son diocèse.

De notre observatoire, nous pouvons voir au VIIe siècle, un pontife, particulièrement vénérable, venir plusieurs fois par la voie de Noyon. C'est saint Eloi. C'est toujours grande joie dans la ville. Le pontife est aimé par le peuple, comme il est écouté par les rois. Il aime extrêmement notre glorieux Martyr; il fait tout pour sa gloire. Il fait agrandir le sanc­tuaire devenu encore trop petit pour les pèlerins. Il recherche de ses pro­pres mains, sous le sol de la basilique primitive, le corps du Martyr. Il le retrouve le 3 janvier 640, au milieu d'évènements miraculeux. Il le dé­pose dans une châsse merveilleuse de beauté et de richesse.

La mort de saint Eloi est un deuil public dans notre cité, comme elle l'est à Noyon où la reine Bathilde vient de Paris avec ses enfants, pour recevoir sa dernière bénédiction.

La puissance civile, sous les Mérovingiens et les Carlovingiens, est aux mains des comtes du Vermandois.

Les comtes gouvernent le pays en souverains pendant près de 400 ans. D'abord nommés à vie, ils deviennent héréditaires après Charlema­gne.

Voyez les premiers, sous les princes mérovingiens. Ce sont des favoris des rois ou des gens de la famille royale. Les rois leur laissent usurper le pouvoir spirituel. Singuliers abbés, ils portent la saie de l'homme de guerre au lieu de la chape du religieux. Toujours suivis d'une meute de chiens, ils se livrent journellement à la chasse. Ils mettent leur gloire à tuer habilement à l'arc les oiseaux au vol.

Mais sous Charlemagne, cet abus est réformé, comme bien d'autres. Fulrad, fils du comte Jérôme et descendant de Charles Martel, est abbé. Il laisse à un autre l'administration civile. Son gouvernement laissera de grands souvenirs dans l'histoire de l'église de Saint-Quentin.

Ce IXe siècle, qui a généralement si peu de relief et d'éclat dans l'his­toire, a été glorieux pour Saint-Quentin. C'était une capitale avec une dynastie de sang royal. C'est une des villes qui ont le plus participé à la renaissance des lettres et des arts provoquée par Charlemagne.

Je voudrais pouvoir vous représenter la physionomie toute vivante de ce siècle.

Le compte Fulrad, aidé par les subsides généreux du grand empereur, entreprend la reconstruction de l'église du Martyr. C'est une imitation, sans doute, du dôme d'Aix-la-Chapelle. Charlemagne avait ramené de Rome des architectes, des sculpteurs, des mosaïstes. La construction du­re treize ans, de 813 à 826. En 816 elle est déjà assez avancée pour que le pape Etienne IV, venu en France pour sacrer l'empereur Louis, puisse la bénir et y célébrer la messe, au milieu d'un immense concours de fidè­les.

Charlemagne comble l'église de ses dons. elle conservera longtemps son calice d'or, ses chandeliers d'argent. Elle possède encore son précieux évangéliaire dont la riche reliure seule a disparu.

Quelle joie et quel honneur ce fut pour notre ville que ces illustres visi­tes du pontife de Rome et du grand empereur que relevait le prestige d'un long règne, marqué par d'innombrables victoires et rempli par l'éclat d'une vaste organisation administrative et d'une véritable renais­sance des lettres et des arts!

Hugues, fils de Charlemagne, succède à Fulrad dans ses fonctions d'abbé et continue son œuvre. Il fait placer le corps du Saint dans un mausolée de marbre. Il achève et embellit l'église. Il invite, pour la con­sacrer en 835, l'évêque de Metz. Drogon, avec les évêques de Laon et de Noyon.

Nous pouvons assister par la pensée à cette majestueuse cérémonie.

Vers ce temps la ville se déplace visiblement. L'église est entourée d'hôtelleries; la colline se couvre d'édifices: habitations du clergé, cloître, hospices, écoles, maisons de commerce, palais des abbés. C'est la métropole du nord de la France.

L'invasion des Normands passe comme une horrible tempête en 883. Ils incendient l'église; mais elle est bientôt relevée par le zèle du comte Herbert et les soins du coûtre ou custode de la Basilique.

Le comte Thierry fait entourer de murailles la ville, restaurée après le passage des Normands.

C'est à ce moment, vers la fin du IXe siècle, que notre saint Martyr a achevé de conquérir sa ville.

Désormais, pour la France, il n'y a plus d'Augusta Veromanduorum. La cité nouvelle, au sommet de la colline, a pris une telle importance, qu'elle seule arrête les regards. A l'avenir, la ville s'appellera Saint­Quentin.

Voyez-là, cette ville du IXe siècle, comme elle est vaste, riche et large­ment bâtie! On y sent l'influence des artistes amenés de Rome par le grand empereur. La cour des puissants comtes du Vermandois donne à la ville une animation merveilleuse. Ils ont deux palais: l'un près de la Basilique, l'autre sur la gracieuse colline de Breuil ou Broïlus, aujourd'hui Saint-Prix. Le château de Breuil, entouré de murailles flan­quées de tours, est un délicieux séjour. les gracieuses prairies qui l'en­tourent descendent jusqu'à la Somme.

La cour du comte a de nombreux officiers: un sénéchal, des chambel­lans, des vassaux, une garde brillante et tout le personnel d'un bailliage. L'autorité du comte s'étend jusqu'à Péronne, Amiens, Château­Thierry, et même pour un temps jusqu'à Reims et Beauvais. Je ne m'étonne pas de voir le comte recevoir dignement les empereurs et les rois, l'empereur Louis en particulier et Charles le Chauve qui choisit plusieurs fois Saint-Quentin, pour le lieu de réunion du Parlement.

L'église a un clergé savant et nombreux. Elle compte déjà 72 chanoi­nes et autant de chapelains. C'est au IXe siècle qu'ont été écrits les actes de Saint-Quentin dans leur teneur actuelle, quoique le texte premier re­monte au IVe siècle. Les abbayes bénédictines de l'île de Somme et de Saint-Prix cultivent la science avec la prière.

Les fêtes annuelles de la Basilique sont splendides. Les évêques de la région ont la coutume de s'y rendre. L'abbé du monastère et le custode portent la mître.

Saint Quentin a toujours aimé à orner de cette majestueuse couronne le front des gardiens de son sanctuaire.

Et ne croyez pas que la cour et l'église absorbent toute la vie munici­pale. Le monde du travail, de l'industrie et du commerce est aussi plein de vie à Saint-Quentin, à cette époque. C'est une puissance aussi, puis­sance chrétiennement sage et prudemment libérale. C'est alors, au mi­lieu du IXe siècle, que la population de la cité, avec le concours du comte Albert le Pieux, organisa la commune de Saint-Quentin avec d'amples franchises et libertés et une large indépendance administrative.

Ne trouvez-vous pas que cette étude nous donne lieu de modifier quel­ques jugements routiniers sur l'histoire?

Ces IXe et Xe siècles sont, entre tous les siècles du moyen-âge, si l'on en croit bon nombre de feuilles quotidiennes et même certains orateurs des chambres, des siècles de ténèbres et d'obscurantisme, des siècles de fer et de honte.

Ne pensez-vous pas que ces ténèbres pourraient bien être un peu sub­jectives, comme disent les philosophes, et que si certains écrivains ou orateurs en ont tant vu dans ces siècles qui n'ont pas manqué d'une cer­taine culture, c'est qu'il y en avait un peu trop dans leur esprit? Pour certains, bien des siècles sont des siècles de ténèbres, parce qu'ils n'y voient pas très clair.

Au XIe siècle, le comté de Valois est uni au Vermandois par suite d'un mariage et l'héritière de ce double domaine épouse Hugues, fils du roi Henri. Ce sera Hugues-le-Grand, l'illustre croisé.

C'est le moment où la croisade est prêchée par le saint pontife Urbain II, dont le souvenir provoquait ces jours-ci même de si brillantes et si pieuses réunions à Châtillon, son lieu de naissance, et à Reims.

Hugues-le-Grand est entraîné par sa foi et son cœur. Il va se montrer l'égal des Godefroy de Bouillon, des Bohémond, des Raymond de Tou­louse.

La première croisade est une croisade d'enthousiasme. Tout le monde part, moines, seigneurs, marchands, laboureurs. C'est une foule incohé­rente et sans organisation. Hugues est fait prisonnier à Durazzo. Libéré, il prépare une seconde expédition. Vous vous représentez les émouvants préparatifs à Saint-Quentin. La ville donne son contingent. Les vassaux sont là avec leurs hommes. On se réunit à la Basilique pour la remise de la croix et la bénédiction du départ. Drogon de Nesle commande un corps nombreux, Anselme de Ribemont un autre, Clérembault de Ven­deuil un autre, Thomas de Marle un autre. Les hommes portent la cou­leur de leur seigneur, c'est la fourrure de leur cotte d'armes qui est d'hermine, de sable, de sinople, de vair ou de gueule, suivant l'étendard qu'ils doivent suivre.

Qu'il est beau de voir cette armée chrétienne recevoir son Dieu avant le départ et s'en aller, sans grand espoir de retour, en traversant les rangs émus de femmes et d'enfants qui versent des larmes résignées!

Hugues prendra part, avec les Vermandois, aux sièges de Nicée, d'Edesse et d'Antioche. Revenu de nouveau, il partira une troisième fois, et cette fois il sera mis par le roi Philippe, son frère, à la tête de toute l'armée des croisés, forte de 300,000 hommes et composée de Français, d'Allemands et d'Italiens. Il périra à Tarse, après des prodiges de va­leur, à l'âge de 45 ans.

Son nom est, dans l'histoire et la légende, l'égal de celui des Bau­douin, des Tancrède et des Lusignan.

Ne pensez-vous pas, comme moi, que nous sommes bien oublieux de n'avoir pas encore songé à élever une statue à Hugues-le-Grand, nous qui en avons déjà élevé une au peintre de Louis XV et qui sommes en ce moment préoccupés d'une autre encore? Les villes flamandes se sont toutes empressées d'orner les façades gracieuses de leurs hôtels de ville, des statues de leurs hommes célèbres. J'émets le vœu qu'on n'oublie pas au moins Hugues-le-Grand quand on achèvera la restauration de notre bel hôtel municipal.

Le XIIe et le XIIIe siècle sont deux grands siècles religieux. Le culte de Saint Quentin grandissant toujours et les pèlerins devenant de plus en plus nombreux, le comte Raoul, fils de Hugues-le-Grand provoque la reconstruction de la Basilique en 1114.

Son projet est accueilli avec enthousiasme. Le roi Louis-le-Gros, le doyen et les chanoines, les bourgeois de la ville, les seigneurs des envi­rons et un grand nombre de pèlerins et de malades contribuent à la de­pense.

Désormais, nous allons voir les artistes et les ouvriers à l'œuvre pen­dant trois siècles et demi pour élever un des plus merveilleux chefs-d'œuvre de l'art chrétien.

Cependant l'héritière du comte Raoul, la comtesse Aliénor, légue en 1191 le comté de Vermandois au roi Philippe-Auguste; et le roi, en 1195, donne à la ville la charte qui confirme toutes ses franchises. Il jure de respecter la liberté des hommes et des biens, de ne pas soustraire les habitants de Saint-Quentin à la juridiction de leurs échevins et de n'éta­blir aucun impôt sans l'assentiment de la commune.

Le régime féodal eut sans doute ses abus en France, et quel régime n'en a pas eu, mais ce n'est pas-au moins dans nos grandes communes auxquelles les chartes de franchises, dues le plus souvent aux évêques, donnaient un régime aussi libéral que juste et propre à développer la plus grande prospérité.

Sous beaucoup de rapports, nous sommes bien au-dessous des libertés municipales du moyen-âge. Et ces chartes n'étaient pas rares; toutes les villes de notre région, Amiens, Péronne, Cambrai, Laon, Soissons, Reims, Vervins, Chauny, La Fère en possédaient.

N'est-il pas révoltant, après cela, de voir aux mains de la plupart des enfants de nos écoles françaises des manuels qui dépeignent nos aïeux comme les plus vils des esclaves, et la nation entière comme un bagne? La France, selon eux, n'avait que des serfs, écrasés et humiliés par des droits féodaux. Ignorent-ils, que dès le XIIIe siècle, des provinces entières comme la Normandie n'avaient plus un seul serf et que, dans les autres, l'intervention du roi et celle de l'Eglise avaient tellement généralisé les affranchissements que la classe des serfs n'y avait plus que de rares re­présentants?

Ces écrivains sacrifient à l'esprit de parti quinze siècles de gloire na­tionale. Ils ne feraient pas mieux s'ils écrivaient au-delà du Rhin. De tels livres sont la honte de la France.

Philippe-Auguste avait à soutenir une guerre colossale contre l'Alle­magne, l'Angleterre et la Flandre coalisées. C'est l'indépendance de la France qui est en jeu. L'ennemi a 150,000 hommes; le roi n'en a que moitié à lui opposer. Les ennemis sont si assurés de la victoire que déjà ils ont fait entre eux le partage des diverses provinces de la France. Le roi fait appel à ses braves Vermandois. Ils forment le meilleur appoint de son armée. Seigneurs et bourgeois rivalisent de dévouement. Wallon de Montigny est choisi pour porter l'oriflamme. La rencontre a lieu à Bou­vines; le succès est complet pour les Français.

Vous vous représentez l'émoi de la ville pendant la lutte, sa joie et ses fêtes après la victoire. Il manque plus d'un de ses enfants à l'appel, mais le Vermandois a sauvé la France.

Cependant notre belle basilique s'élève. Le chœur est achevé en 1257 grâce aux subsides généreux de Saint Louis.

Le 2 septembre de cette année est un grand jour pour notre ville. Le roi Saint Louis est venu avec ses fils et sa cour habiter l'ancien palais des comtes. Le chœur de l'église est consacré par l'archevêque de Reims as­sisté de huit prélats. Le concours de peuple est immense; tous les sei­gneurs de la région sont là.

Les reliques de nos saints protecteurs; Saint Quentin, Saint Victorice et Saint Cassien sont transportées dans le chœur. Les châsses qui les contiennent sont couvertes d'or et de pierreries. Le pieux roi donne avec ses fils le plus noble exemple, en portant les châsses des Saints sur ses épaules.

La ville se développe merveilleusement pendant la construction de l'église. C'est alors que ses douze paroisses sont fondées. L'abbaye béné­dictine de l'île de Somme élève sa basilique de Saint-Pierre et Saint­Paul. Les enfants de Saint Dominique et de Saint François s'établissent dans la ville. Plusieurs hospices se fondent pour les pelerins, les malades, les orphelins et les vieillards. Une autre institution propre à nos pays du Nord, se développe, celle des béguinages. L'on voit jusqu'à dix fois en un siècle les évêques de la région se réunir en concile à l'ombre de notre Basilique. Le saint Martyr a gardé jusqu'en son tombeau quelque chose de son prestige de chef de mission pour la Gaule Belgique.

Nos rois aimaient Saint-Quentin et la ville aimait le roi et la patrie. Philippe le Bel, Philippe V, Philippe de Valois y séjournent souvent. C'est Philippe V, en 1320, qui accorde à la ville la foire de la Saint­Denis, avec ses franchises commerciales, et il n'est pas bien sûr qu'il n'ait pas choisi pour cette foire le moment de l'année le plus favorable à son succès.

Charles VI y vient prier avec Isabeau de Bavière en 1413; ils font à l'église de larges libéralités. On les voyait avant la révolution représentés sur un vitrail, agenouillés aux pieds du Martyr. Il est à regretter que ce souvenir historique ne soit pas conservé. Si de nouveaux vitraux se font un jour dans la nef de la Basilique, j'aimerais à y voir quelques unes des grandes scènes de notre histoire locale. Nous avons le singulier tort, en France, d'oublier ou de mépriser nos gloires passées.

Saint-Quentin ferme ses portes en 1414 au duc de Bourgogne, et ne les ouvre qu'au roi.

Elle suit avec une angoisse patriotique la grande lutte contre les An­glais. Certainement bon nombre de Saint-Quentinois allèrent à Reims pour acclamer la libératrice d'Orléans et de la France, Jeanne la sainte, et Charles VII le victorieux. Saint-Quentin devait la voir, la jeune et mystérieuse héroïne, mais dans quelle poignante circonstance! C'est en 1431, lorsque le duc de Luxembourg, ami des Anglais, l'amène prison­nière à son château de Beaurevoir. La jeune martyre dans ses chaînes me rappelle Saint Quentin, et elle-même en passant a dû s'encourager en invoquant notre saint Patron. Ses souffrances pour la patrie chrétien­ne ont dû être une bénédiction pour la ville à son passage.

Après la paix, vous voyez reprendre les travaux de la Basilique. La nef s'achève en 1456, sous Charles VII. Le portail du Sud est rétabli dans sa forme actuelle sous Louis XI.

Qu'elle est belle, désormais, cette maison de Dieu! Elle ne cessera plus de dominer toute la région et de porter haut la louange et la gloire du Roi des cieux.

Qu'elle est majestueuse avec ses 40 mètres de hauteur, ses 110 croisées à meneaux et vitraux et ses 23 chapelles! Et si vous y pénétrez, quelle vie et quelle richesse! Comme toutes ces sculptures, ces statues, ces peintu­res sont belles dans leur fraîcheur! Est-il possible que des enfants de Saint-Quentin osent jamais porter sur ces chefs-d'œuvre des mains sa­crilèges.

Nous ne le voulons pas croire et si quelque révolution vient un jour faire ici œuvre de Vandales, les criminels qui s'y livreront ne seront pas des enfants de la ville de Saint-Quentin.

La ville prend un aspect nouveau au XVe siècle; elle est entourée de murailles flanquées de tours et couronnées de créneaux et machicoulis; des ponts-levis gardent les portes. Les maisons se reconstruisent en se rapprochant du goût espagnol et flamand. Ce ne sont plus que pignons aigus, charpentes ouvragées, enseignes pittoresques. Vous voyez plus de vingt clochers dominer les habitations et si vous portez les regards vers les coteaux de la somme, vous pouvez admirer de verdoyants vignobles.

Ce siècle et le suivant aiment la couleur et le dessin. Voyez l'aspect de ces foules aux offices du dimanche et sur la place du marché. Le soldat porte encore le heaume, les brassards, les gantelets, la cuirasse ou la cot­te de mailles en attendant les costumes gracieux des mousquetaires et des lanciers. Les bourgeois ont les chapeaux et les souliers pointus, le pour­point et les chausses de couleur et à ramages, en attendant la fraise gra­cieuse du XVIe siècle et la perruque poudrée du XVIIe. Les femmes ont la guimpe blanche et la robe traînante de soie, de fourrure ou de laine; l'ouvrier porte le hoqueton de couleur sombre.

Tous les marchands et ouvriers sont groupés en un grand nombre de

corporations, dont personne ne conteste alors les bienfaits. Les bouti­ques se ferment le soir lorsque la cloche a sonné l'Angelus. Le samedi on quitte l'atelier un peu plus tôt pour se préparer à la solennité du diman­che. Les dimanches et les jours de fêtes, tout travail cesse et les magasins restent clos. Les prud'hommes ou consuls des corporations exercent la justice, ils secourent les malheureux, veillent à l'exécution des règle­ments, à la qualité de l'ouvrage et à l'honneur de la société.

Les corporations concourent à l'achèvement de la Basilique et à la construction de l'Hôtel de Ville dont la gracieuse façade est renouvelée en 1509.

Une grande date domine le XVIe siècle; c'est celle de 1557, date à la fois sombre et glorieuse comme celle d'un martyre.

Saint-Quentin était à cette époque la clef de la France du côté des Pays-Bas.

Henri II était en guerre avec Philippe II d'Espagne, l'héritier du trône et de l'ambition de Charles-Quint.

Le prince de Savoie, allié de Philippe II, marche sur Saint-Quentin. Il investit la place le 2 août 1557 avec 40,000 hommes d'infanterie et 15,000 hommes de cavalerie.

La place est vaste; il eût fallu au moins 8,000 hommes pour la défen­dre, elle n'en a que 300, commandés par le gouverneur de Breuil et le lieutenant Théligny. Louis Varlet de Gibercourt est mayeur de la ville, les seigneurs de Caulaincourt et d'Amerval commandent des compa­gnies d'armes.

L'amiral Coligny est à La Fère; il essaie de secourir la place avec 3,000 hommes; il ne peut en faire entrer que 400. D'Andelot, quelques jours après, réussit à en amener autant.

Le connétable de Montmorency vient avec une armée de secours de 8,000 hommes. L'armée assiégeante, six fois plus nombreuse parvient à l'entourer. C'était le 10 août: une bataille acharnée s'engage entre la colline où nous sommes et le village d'Essigny. Ce combat portera dans l'histoire le nom de bataille de Saint-Laurent, du jour où il eut lieu. Montmorency est pris. La fleur de la noblesse de France était avec lui. Plus de 600 seigneurs sont tués ou blessés: le duc d'Enghien entre autres, le comte de Villars, les ducs de Montpensier et de Longueville, le duc de La Rochefoucauld. Six mille morts sont restés sur le terrain.

Chaque fois que je relis le récit de quelqu'une de nos vieilles batailles, je retrouve le témoignage de la même générosité et du même courage de la noblesse française. Pourquoi donc, dans les manuels prétendus civi­ques de nos écoles, écrit-on des phrases comme celle-ci: «Dans l'ancien régime, les fils des paysans et des ouvriers étaient presque seuls soldats». Si l'on trouve que c'est du patriotisme de semer la division dans la socié­té, d'humilier la vieille France et de renier nos plus belles gloires, j'avoue que je n'ai pas ce patriotisme-là.

Cependant, Philippe II, apprenant à Bruxelles que le siège de Saint­Quentin était si heureusement commencé par ses troupes, arrive avec une armée nouvelle. Il campe vers Rouvroy.

Saint-Quentin était la seule place qui couvrit Paris. La ville le sait, elle fera son devoir héroïquement. Coligny est superbe de bravoure. Il prend les mesures les plus énergiques; il fait renfermer dans la Basilique toutes les femmes de la ville au nombre de 3,000 avec des vivres, de peur que leur frayeur n'amollisse les soldats, et il propose à ceux-ci le serment sui­vant: «Nous jurons de jeter par-dessus les remparts quiconque parlera de se rendre».

Le siège dure un mois. Onze larges brèches sont ouvertes aux rem­parts. 1,500 hommes, c'est presque toute la garnison, ont péri sur les murailles. Le 27 août, Philippe II ordonne l'assaut. La vedette de la Ba­silique sonne l'alarme. La résistance est devenue impossible. Les assié­geants entrent par les brèches comme autant de torrents.

Je voudrais effacer de l'histoire la honte du carnage et du pillage qui suivirent la prise de la ville.

Philippe II ne peut arrêter ses soldats. Les Allemands du Nord surtout qui étaient à son service dépassent les horreurs des invasions barbares. Les récits espagnols eux-mêmes avouent avec quelque honte que les fem­mes et les enfants ne furent pas épargnés: ils furent tués, éventrés ou dé­chirés à coups de couteau. La ville qui était merveilleusement riche fut entièrement mise à sac en deux jours. Les religieuses elles-mêmes n'échappèrent que par la protection du duc de Savoie. «Sans lui, disent les récits, elles auraient été tuées par les Tudesques». Le roi, effrayé des excès de cette tourbe soldatesque, ordonne le 28 aux Allemands de quit­ter la ville. Ils ne le font qu'après avoir mis le feu aux quatre coins. Presque tout est brûlé, église, maisons, monastères. Le roi peut faire préserver la Basilique par ses pionniers. Il est arrêté par le sentiment de la religion et de l'art: «car cette église, dit le récit espagnol, était renom­mée en France comme celle de Tolède en Espagne». Mais le roi emporte les reliques, le corps de Saint-Quentin et toutes les richesses artistiques de l'église.

Grâce à Dieu, les reliques devaient nous être rendues en 1559.

Pas un seul habitant n'est autorisé à rester en ville. Les prêtres échap­pés au carnage se retirent à Paris à l'église Saint-Thomas du Louvre. Pendant deux ans la ville est un désert. En arrêtant l'ennemi pendant un mois Saint-Quentin a sauvé la France. Philippe II, en s'attardant à ce siège, a laissé échapper l'occasion la plus favorable qui fût jamais de joindre la France à ses autres états.

Pendant ce mois, en effet, le duc de Nevers a rassemblé à La Fère les débris de l'armée. Le prince de Condé est venu le rejoindre. Le duc de Guise a pu revenir à grandes journées d'Italie.

Le duc de Guise se jette habilement sur Calais qu'il emporte en 1558, et l'année suivante, Philippe II accepte la paix au Cateau-Cambrésis et rend Saint-Quentin à la France. Il est question d'élever prochainement sur notre grand'place un monument commémoratif de cette glorieuse défense. C'est bien, et j'y verrai volontiers glorifiés Coligny et d'Ande­lot, tout en regrettant que dix ans après cette défense héroïque ils aient cru pouvoir, par esprit de secte, amener à Saint-Quentin même, malgré les patriotiques et religieuses protestations de la ville, un corps de 10.000 protestants Allemands pour marcher contre le roi Charles IX.

C'est toute la ville d'alors qui mérite notre admiration, et Santeuil n'a rien dit de trop quand il a chanté son héroïsme dans les beaux vers latins que vous avez lus souvent sur les murs de notre hôtel de ville et qu'on a autrefois traduits ainsi: (C'est la ville qui parle)

«Prête à me voir en feu, plutôt que de me rendre,

jusqu'aux derniers abois j'ai voulu me défendre,

D'onze assauts à la fois j'ai soutenu l'effort,

J'ai vu mes citoyens dévoués à la mort

La braver en héros et pour sauver la France

De mes murs abattus remplacer la défense».

Après la paix il sort des cendres de Saint-Quentin comme une ville nouvelle plus brillante que l'ancienne et se rapprochant comme aspect de la ville moderne.

Saint-Quentin résiste à la Ligue et demeure fidèle au roi Henri III. C'est alors qu'elle adopte sa belle devise: « Deo, Regi et Patriae».

Ses archers et arquebusiers concourent à la bataille d'Ivry.

Henri IV vient la visiter et la remercier l'hiver suivant. Il accepte le dîner offert par les échevins en la belle salle de notre hôtel de ville. Louis XIII vient en 1624 recevoir, selon la coutume royale, l'aumusse de chanoine de la Basilique. Il ordonne la restauration des fortifications. La ville va encore changer d'aspect. Les tours et les murs crénelés sont remplacés par des remparts et des bastions. Les remparts sont bientôt plantés d'arbres et portent, ça et là, des moulins à vent qui donnent à l'ensemble un coup d'œil pittoresque.

En 1636, voici un nouveau fléau analogue à la guerre, c'est la peste avec tous ses horreurs, une peste affreuse qui enlève plus de 3,000 habi­tants. Pendant deux ans, vous ne voyez que deuil et cérémonies fune­bres. La foi de nos aïeux, réveillée par l'épreuve, retrouve la vivacité qu'elle avait dans les siècles précédents. Ceux qui restent valides, exhor­tés par le clergé, veulent offrir à la sainte Vierge une supplication suprê­me. Ils partent en procession jusqu'au sanctuaire de Notre-Dame de Liesse. Vous les voyez partir avec confiance et revenir avec joie. Ils ap­prennent au retour que l'épidémie a cessé. Le pelerinage de Notre­Dame de Liesse dut à ce fait une grande partie de sa popularité au XVIIIe siècle. je suis heureux de rencontrer ce lien entre la ville de Saint­Quentin et le sanctuaire diocésain de Marie.

Vous pouvez voir encore au XVIle siècle le grand roi Louis XIV passer plusieurs fois à Saint-Quentin pendant ses campagnes de Flandre et des Pays-Bas et notamment en 1670 et 1672; à chaque fois, il va pieusement rendre hommage au saint Martyr.

Pendant ces derniers siècles le siège de Noyon est toujours occupé par des prélats des plus illustres familles de France: les de Genlis, de Ram­bouillet, de Balzac, de Clermont-Tonnerre, d'Aubigné, de Saint­Simon, de Broglie, de Grimaldi. Saint-Quentin a souvent l'honneur de leur visite.

Aux XVIIe et XVIIIe siècle, Saint-Quentin fournit des noms bien il­lustres dans les lettres, les sciences et les arts. Malheureusement les sou­venirs les plus glorieux des âges précédents sont perdus pour l'histoire.

Nous connaissons à peine le nom d'un des grands artistes qui ont élevé ou orné la Basilique, maître Jean de Saint-Quentin. Des trouvères et des chroniqueurs de la cour de Vermandois, le nom seul de Dudon, auteur de la chronique de Normandie, est venu jusqu'à nous. Nous savons que quelques-uns de nos doctes théologiens allèrent occuper des chaires à l'Université de Paris, ou des sièges épiscopaux, comme Jacques Lescot à Chartres, Otger à Amiens, Jean Hennuier à Lisieux. L'un d'eux, mê­me, Simon de Brie, ceignit la tiare pontificale sous le nom de Martin IV. Nos jurisconsultes n'avaient pas moins de renom. Mais, pour les deux derniers siècles, les noms viennent abondants sous notre plume. C'est le savant bénédictin Luc d'Achery, les historiens Hemere, Colliette, Clau­de et Quentin de La Fons, Valincourt, ami de Bossuet et de Boileau, successeur de Racine à l'Académie française, le jésuite Charlevoix, au­teur de l'Histoire des Indes, Omer Talon, l'orateur et le professeur d'éloquence, le modeste Heuzet, docteur de l'Université de Paris, au­teur du Selectœ qui restera encore longtemps un ouvrage classique émi­nent, le naturaliste Poiret, les Patin, anatomistes, le bénédictin Bignon, prédicateur et bibliothécaire de Louis XIV.

Tous ont dû la première culture de leurs talents à notre ancien «collé­ge des Bons-Enfants» dont la direction a été tout ecclésiastique jusqu'en 1825.

Vous regrettez, peut-être, chers enfants, que notre maison n'ait pas ce beau nom de Collége des Bons-Enfants, mais après tout ce n'est pas le nom qui fait la chose. L'important n'est-il pas que vous gardiez les no­bles principes qui ont mérité ce beau nom à vos devanciers.

Pour les beaux-arts signalons pendant ces deux siècles: Simon Vouet et son gendre Michel d'Origny, le pastelliste Quentin de La Tour, le sculpteur Allard, le peintre Verrier Bléville, les frères Papillon, gra­veurs.

C'est assez de gloire pour une ville, n'est-ce pas? Il y a là, chers en­fants, de nobles et encourageants exemples pour vous.

Omettre de parler de l'industrie et du commerce à Saint-Quentin, ce serait méconnaître la ville. L'activité industrielle était dans le caractère de la province de Picardie. Pendant tout le moyen-âge, Saint-Quentin a fabriqué et vendu des draps et des étoffes de sayette. A partir du XVe siècle, c'est la toile de lin et de chanvre qui domine. Le lin est cultivé dans la campagne. La ville et les villages environnants occupent au XVIIIe sie­cle jusqu'à 50,000 fileuses et 8,000 tisseurs. Le blanchissage des linons provoque l'établissement des magnifiques bueries des Islots et d'Osten­de sur les prairies qui bordent la Somme.

En 1750, le district de Saint-Quentin fabrique déjà annuellement 100,000 pièces de toile pour une valeur de 6 millions. En 1789, la fabri­cation atteint le chiffre de 150,000 pièces pour une valeur de 11 millions. Il se vend en même temps annuellement 7 millions de kilos de laine.

Vous voyez que le commerce ne date pas entièrement de la Révolu­tion. Il faut même reconnaître qu'elle ne lui a pas été immédiatement fa­vorable à Saint-Quentin car la fabrication de la toile qui était de 150,000 pièces en 1789 est tombée à 50,000 en 1800 et se relève seulement à 115,000 en 1807; et le commerce de la laine qui était de 7 millions de ki­los en 1789 n'est plus que de 150,000 kilos, c'est-à-dire cinquante fois moins, en 1806.

De 1791 à 1800 la France ne fait guère que fondre et forger du fer. Pendant cette période un grand nombre d'industriels de Saint-Quentin sont ruinés.

Le canal de Picardie, qui joint la Somme à l'Oise et par elle à la Seine, date de 1732. Celui de la Somme à l'Escaut, qui devait favoriser encore davantage le commerce de Saint-Quentin, fut commencé en 1770 par l'ingénieur Laurent de l'Yonne, mais il est interrompu en 1775, à cause de la guerre avec les Anglais.

Ses merveilleux travaux souterrains quoique inachevés attiraient déjà alors la visite des grands et des savants de l'Europe et ils excitaient la verve des poètes.

Vous êtes exposés, chers enfants, à avoir des idées bien fausses sur la Révolution. Il n'est pas de sujet sur lequel on ait dit et écrit plus de sotti­ses. Pour vous en faire une idée exacte, recourez aux sources histori­ques.

Voulez-vous connaître l'état de notre région en 1789 et les réformes qui étaient désirées? Procurez-vous un document qui commence à deve­nir rare, je veux dire le «Cahier des doléances, plaintes et remontrances du Tiers-Etat du bailliage du Vermandois, composé du bailliage princi­pal de Laon et des bailliages secondaires de La Fère, Marle, Chauny, Coucy, Guise et Noyon».

Les députés du bailliage se réunirent à Laon dans une salle de l'Ab­baye de Saint Jean et signèrent ce Cahier le 19 mars 1789. Savez-vous qui étaient ces députés? C'étaient nos aïeux. Vous trouverez-là les noms de beaucoup de vos familles ou des familles que vous connaissez.

Je transcris quelques noms. Pour le bailliage de Laon: L'Hoste, Suin, Defrance, Lemaire, L'Eleu, Benjamin, Laurent, Oger, Sandron, Lecat, Salendre, Perrin, Lesur, Tanneur, Lehoult, Marville, Remy, Wateau, Pourier, Carlier, Fouant, Hécart. Pour le bailliage de La Fère: Carette, Lemoine, Collet, Ferté. Pour le bailliage de Chauny: Boutroy, Vinchon. Fouquet. Pour le bailliage de Guise: De Viéville des Essarts et De Vié­ville Dehon, Bauchart, Marcadier, Ducrot, Leproux, Boulogne, Pouil­lon, Hennet. Blot, Testart, Foucampré, Debrun, Carlier, Jourdain, Moricourt, Viéville, Bombart, Baron, Meuret. Pour le bailliage de Noyon: Margerin, Danglehem, Ducastel, Lécuyer, Leblanc, Egret, Le­fevre.

Et pensez-vous qu'ils fussent bien révolutionnaires en leurs requêtes? Vous allez le voir: Ils voulaient d'abord qu'il fût adressé au roi au nom de leur ordre un hommage solennel de reconnaissance pour les vues de bienfaisance et de justice dont sa Majesté avait fait preuve. Ils deman­daient le retour périodique des Etats-Generaux et la création des conseils provinciaux; la confirmation de la loi de succession au trône dans l'au­guste maison de Bourbon, en observant que cette loi était gravée dans le cœur de tous les Français en caractères d'amour; le privilège pour le roi de sanctionner les lois; le vote des impôts et emprunts par les Etats. Ils émettent le vœu que les Etats prennent les moyens pour liquider la dette nationale et pour réduire les dépenses, que les charges et les impôts soient répartis sur tous les citoyens; que la liberté de la presse soit assu­rée, mais en prenant les précautions pour empêcher qu'elle ne dégénère en licence; que les moyens de perfectionner l'éducation publique soient recherchés avec empressement; qu'il soit établi des curés dans les anne­xes et des vicaires dans les paroisses qui excèdent 500 communiants; que les Etats s'occupent d'assurer la liberté et la prospérité du commerce; qu'il y ait des primes d'encouragement pour l'agriculture, les manufac­tures, les plantations et pour les pères de famille.

C'étaient là, n'est-ce pas, de sages révolutionnaires, ou plutôt de pru­dents réformateurs. C'est bien là l'esprit foncièrement sage du vrai Tiers-Etat de ce pays, et je suis sûr que vous êtes contents et fiers d'être les descendants de ces vrais français. Cette époque eût pu être bien belle si on n'eût pas perdu la tête.

Malheureusement les Etats-Généraux ne furent pas aussi sages que le Tiers-Etat du Vermandois, ils ne se contentèrent pas de faire des réfor­mes, ils firent la révolution. Vous savez ce qui en résulta. La révolution fut presque aussi funeste pour Saint-Quentin que l'avait été le siège de­vastateur de 1557. L'industrie et le commerce furent ruinés. Toutes les églises furent vendues et démolies, sauf la Basilique qui fut seulement dépouillée de tous ses ornements et réservée pour les fêtes nationales. La Providence divine et la protection de Saint Quentin, nous épargnèrent cependant la guillotine.

Après les années terribles, on respira et on s'occupa des moyens de re­lever l'industrie et le commerce.

Le premier consul est invité en 1802 et reçu avec enthousiasme. Il pas­se trois jours à Saint-Quentin. Il voit l'ingénieur Laurent et décide la re­prise des travaux du canal.

En 1810, il revient, mais cette fois, c'est l'empereur victorieux et char­gé de gloire. Il vient avec l'impératrice Marie-Louise, le roi et la reine de Westphalie, la reine de Naples, le prince Eugène, les Ambassadeurs, les Ministres. Saint-Quentin n'a pas vu de pompe plus solennelle depuis Charlemagne. Toute la ville est tendue, on dépense 5,000 francs pour un arc-de-triomphe, et 10,000 pour les illuminations. Le lendemain c'est l'inauguration du canal souterrain à Riqueval. Un déjeuner somptueux qui coûte à la ville 50,000 francs y est offert à la cour sous les tentes.

L'empereur accorde à la ville tout ce qui lui est demandé: les remparts seront rasés et deviendront des promenades publiques, les places et les rues non pavées le seront incessamment.

En 1814 et 1815, vous assistez à la double invasion. Les Russes sont bienveillants; mais derrière eux les convois de cotons anglais et de den­rées coloniales viennent ruiner le commerce de la ville.

En 1816, Louis XVIII rétablit les droits protecteurs. C'est une pério­de de prospérité qui commence. De nouvelles branches d'industrie sont créées, celles du tulle et de la broderie, et le tissage du coton qui devien­dra bientôt l'industrie dominante. Mais la révolution industrielle opérée par les machines à vapeur va avoir pour la ville des conséquences im­menses.

La ville n'avait encore en 1810 que 10.000 habitants, à peu près ce qu'elle avait sous l'ancienne monarchie et sous les comtes de Verman­dois.

La population va croître démesurément. Elle aura 15.000 habitants en 1820, 25.000 en 1850, elle en compte aujourd'hui 50.000.

Cet accroissement est amené par le développement des manufactures à vapeur. Il se fait aux dépens des campagnes et dans des conditions malheureuses. Ce n'est pas l'élite des campagnes qui nous arrive, ce sont plutôt les ouvriers qui ne possèdent pas, ceux qui n'ont pas connu l'épargne et qui n'ont pas de foyer. Et ce recrutement, fâcheux en lui-même, ne trouve en ville aucune direction. Rien n'a remplacé les corpo­rations qui étaient devenues, il est vrai, gênantes et tracassières au XVIIe siècle, mais qui offraient aussi des avantages. L'ouvrier nouveau en ville est livré à lui-même. Il est sans protection contre ses propres défauts et contre les séductions qui l'entourent. C'est une situation qui n'a d'issue que dans une forte organisation chrétienne du travail.

Je ne m'arrêterai pas aux améliorations matérielles de notre ville au XIXe siècle; la plupart sont communes à toutes les villes du monde civili­sé et ne sont pas, comme quelques-uns le croient niaisement, le fruit de la révolution anti-religieuse, mais le fruit du progrès naturel de la scien­ce.

Le principal progrès de ce genre est sans contredit le chemin de fer, dont l'inauguration, faite solennellement avec la bénédiction de Monsei­gneur de Garsignies, frappa mon imagination d'enfant en 1850.

Le chemin de fer contraste étrangement avec le carrosse du XVIIIe siè­cle qui partait de la rue de la Sellerie pour Paris trois fois par semaine et qui mettait trois jours pour faire la route, et même avec les diligences du XIXe siècle qui faisaient la route quatre fois par semaine et mettaient en­core 22 heures en voyageant la nuit.

Je ne m'arrêterai pas non plus aux tristesses patriotiques ni aux actes de courage de 1870 et 1871. Il sont trop connus.

Je voudrais enfin rendre grâces à Dieu de la merveilleuse restauration de notre basilique, vous rappeler les autels d'une richesse royale, les vi­traux, les chapelles, les sculptures, les ornements sacrés où l'art et la ri­chesse s'allient pour glorifier Dieu, et les fêtes dignes des grands siècles chrétiens. Mais le Mécène de cette restauration est là et il est délicat de louer les présents.

Si Dieu vous prête vie, selon nos vœux, Monseigneur, vous ferez si bien que notre église aura de nouveau, comme disaient les Espagnols en 1557, autant de renommée en France que celle de Tolède en Espagne.

Mais il est temps, n'est-ce pas, chers enfants, de descendre de notre observatoire imaginaire et de revenir à la vie réelle, c'est-à-dire à nos prix que vous dévorez des yeux.

Je vous ai retenus longtemps: mais je ne le regrette pas, si j'ai élevé votre âme, si je vous ai donné une grande idée de vos aïeux et si je vous ai fait aimer d'un cœur plus ardent la religion du Christ et la France no­tre belle patrie.

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